Bozar Electronic Arts Festival 2017 : The Bug vs Dylan Carlson / Pantha Du Prince / Ben Frost / Black Rain

 date du concert

29/09/2017

 salle

Bozar,
Bruxelles

 tags

Ben Frost / Bozar / Bozar Electronic Arts Festival 2017

 liens

Bozar
Ben Frost

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Ce rendez-vous bruxellois annuel permet souvent aux rédacteurs liégeois et parisien de se croiser à mi-chemin, dans le superbe cadre du Bozar, pour le plaisir de retrouvailles avec des artistes déjà vus et appréciés, ou de découvertes de talents méritants. La possibilité nous est par ailleurs offerte de profiter de certaines expositions, mais malheureusement le timing des concerts ne nous l’aura pas permis cette fois-ci. Plus allégé que d’habitude (aucun concert dans la Salle M, moins de projets expérimentaux), mais toujours d’un excellent niveau, le programme musical n’offre aucun temps mort.

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Black Rain

On commença en guise de hors-d’oeuvre avec Black Rain dans le Studio, qui s’avéra trop exigu (la salle M, contiguë, eût mieux convenu). Une prestation un rien disparate et où manquait une véritable ligne directrice (cela ressemblait davantage à une suite de propositions qu’un véritable concert avec synergie de groupe), mais d’un fort bon aloi néanmoins, faisant la part belle aux sonorités industrielles savamment distillées par un trio original (deux aux machines dont un passant souvent à la guitare, un troisième à la contrebasse) sur d’impeccables projections.

Après une pièce introductive assez calme dominée par la profondeur des cordes, le trio passa à la vitesse supérieure, avant que le contrebassiste ne laisse la place à une mystérieuse demoiselle tout de noir vêtue qui vint psalmodier des incantations évoquant nécessairement Lisa Gerrard, mais avec une voix plus grave ajoutant à l’ambiance sombre et prenante qui s’installe. Le set fut ponctué d’un percutant rappel en mode davantage trance industrielle, de nature à ouvrir l’appétit.

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Ben Frost

On passa ensuite dans la grande salle Henry Le Boeuf, que nous ne quittâmes plus (et qui ne sera pas remplie ce soir), pour poursuivre le menu par l’entrée et retrouver Ben Frost, présent pour la troisième fois à ce festival et qui nous avait impressionnés il y a trois ans. Ce fut moins le cas ce soir, avec un set intense mais trop peu évolutif et dépourvu du relief que l’on aurait souhaité, orienté autour de son tout récent The Centre Cannot Hold, sorti ce même jour. Seul aux machines, présence fantômatique dans une pénombre bleutée, l’Australien installé en Islande nous abreuva de craquements inquiétants sur un substrat assez glaçant, avec des stridulations parfois trop perçantes. La densité de la matière sonore était assurément présente et le résultat n’est en rien déplaisant, mais cela demeura très abstrait, mental et pour le moins sombre. Plus intriguant que pleinement convaincant, en dépit de deux pièces plus apaisées et lancinantes délivrées à mi-parcours et qui nous séduisirent davantage.

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Pantha Du Prince

Le plat de résistance était assurément, pour nous comme pour la majorité du public, Pantha Du Prince que nous voyions pour la première fois. Auteur de cinq albums, dont le magnifique Black Noise en 2010, Hendrik Weber et ses deux acolytes ont mis tout le monde d’accord en nous présentant ce soir leur dernier-né, The Triad, sorti l’an dernier (et depuis lors agrémenté de remixes et relectures ambient). Pantha Du Prince c’est, pour résumer, de longues plages minimal techno hypnotiques et entêtantes, très souvent agrémentées - comme en témoigne le percutant Elements of Light en collaboration avec The Bell Laboratory - du tintinabulement obsédant de cloches et clochettes qui constituent l’armature mélodique des morceaux. A ce sujet, le seul bémol pourrait être cette tentation mélodique trop vite avortée : on perçut régulièrement des bribes de phrases qui auraient mérité d’être développées, mais qui en restèrent au stade embryonnaire. Pour le reste, la proposition était indiscutablement aboutie et rigoureusement imparable : le public, vite debout et dansant, ne s’y trompa pas. On n’était pas loin de leurs collègues de The Field, avec un groove constant, lancinant et hypnotique, auquel la percutante rythmique délivrée par une batterie live - un plus très appréciable - ne fut naturellement pas étrangère. Les beats étaient soignés et les inflexions subtiles et bien amenées : un régal.

Le dessert du soir nous était proposé par The Bug vs Dylan Carlson. Autant dire que l’on pouvait s’attendre à ce qu’il ne soit pas forcément très digeste, en tout cas moins que l’agréable pénultième album du Londonien, Angels & Devils ; ce fut ici le dernier-né, Concrete Desert, oeuvre collaborative, qui nous était présenté. S’installa, dans une pénétrante lumière rouge, un implacable dialogue entre les climats sourds distillés aux machines et les riffs intenses et oppressants de son comparse. On avoue n’être guère client des travaux de Earth, le groupe mené par Dylan Carlson, de sorte que l’on aborda ce set avec circonspection (et d’indispensables bouchons d’oreilles).

Au final, ce ne fut ni rebutant, ni enthousiasmant. Après une ample montée, assez calme, on atteignit un plateau faits de beats lents et lourds et des drones surpuissants - et assez répétitifs - posés par-dessus : un véritable rouleau compresseur sonore, par deux musiciens en osmose. En dernière partie de set, on redescendit vers une atmosphère plus calme et sobre, tout aussi lancinante, où la guitare torturée et réverbérée prend clairement le dessus. Bien construite, la prestation nous parut toutefois trop uniforme, le drone étant omniprésent, et du coup un brin longuette.

Ainsi s’acheva cette première soirée de l’édition 2017 d’un festival que nous affectionnons depuis ses débuts.

François Bousquet, Gilles Genicot
le 03/10/2017

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