Festival du Cinéma Allemand 2017

 réalisateur

Christoph Hochhäusler

Thomas Arslan

Valeska Grisebach

 date

du 04/10/2017 au 10/10/2017

 salle

L’Arlequin,
Paris

 tags

Christoph Hochhäusler / L’Arlequin / Thomas Arslan / Valeska Grisebach

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Après ne plus y être revenus depuis cinq ans (à la fois pour des incompatibilités d’agenda et pour un intérêt moindre pour sa programmation), nous avons repris le chemin de l’Arlequin et du Festival du cinéma allemand en cet automne. Outre le panorama des films récents, de quelques courts-métrages et films d’école et le traditionnel ciné-concert, la manifestation parisienne proposait également un focus sur Reinhold Vorschneider, directeur de la photographie qui accompagne plusieurs cinéastes de cette fameuse « nouvelle vague allemande ».

Probablement moins en verve ces dernières années qu’elle ne l’avait été au début du siècle, celle-ci se cristallise surtout autour de la figure de Christian Petzold (dont le Centre Pompidou va proposer, dans quelques semaines, une rétrospective) tandis que des personnalités comme Maren Ade (réalisatrice de Toni Erdmann et repérée sur ces pages dès 2010 pour Everyone Else) sont apparues un peu en marge de cette mouvance. Ce coup de projecteur sur Vorschneider permit donc de remettre un peu en lumière ces cinéastes, avec trois films (dont Le Braqueur de Benjamin Heisenberg, déjà loué lors de notre recension de Paris Cinéma en 2010) parmi lesquels Les Amitiés Invisibles (Die Lügen Der Sieger), nouvelle réalisation de Christoph Hochhaüsler, sortie il y a deux ans sur les écrans français et fraîchement reçue alors.

L’auteur des très bons Bois Lacté et L’Imposteur, et du moins convaincant Sous Toi la Ville, tous chroniqués sur ces pages, s’y confronte à un thème assez traditionnel : le suivi d’un journaliste d’investigation, confronté aux manœuvres conjointes des politiques et des industriels. Découvrant des liens entre manipulation de déchets toxiques, gestion par l’armée des vétérans d’Afghanistan et intérêts économiques, Fabian Groys, affublée d’une jeune stagiaire, va enquêter pour tenter de mettre au jour ces relations. Sur cette trame classique, le spectateur a la sensation permanente que les personnages sont épiés, surveillés, scrutés tant par la caméra que par les autres personnages. Tout le monde tente, en effet, de manipuler tout le monde : journalistes, ministres, industriels, agences de lobbyistes sans scrupules, etc… Précisément, on touche là à la limite habituelle de ce type de « fiction de gauche », dans laquelle le complotisme agit souvent comme ressort principal.

Sur le plan stylistique, Hochhaüsler reprend quelques-unes de ses marottes (doute sur la nature fantasmée ou non de certaines scènes, capacité à saisir les ensembles immobiliers faits d’acier et de verre) mais se laisse aller à quelques affèteries : abus de panoramiques ou de scènes de Berlin agité (certainement pour montrer que tout le monde doit se sentir concerné), flous, filmage à travers une vitre, etc… Dans un contexte où l’intrigue ne se trouve pas forcément pleinement satisfaisante, avançant parfois à pas lourds (les méthodes des lobbyistes, les passages où le héros s’adonne au jeu), Les Amitiés Invisibles (titre peu pertinent, au demeurant, sachant que l’original signifie « les mensonges des vainqueurs ») ne sera, espérons-le, qu’un revers isolé dans la carrière du cinéaste.

Aidé du même chef opérateur, Thomas Arslan (dont nous avions vu, ici-même, Ferien, chronique d’un été en 2007) consacre son Nuits Claires (Helle Nächte) au voyage en Norvège d’un père et de son fils adolescent. Se rendant sur les traces de son propre père, récemment décédé, Michael (joué par Georg Friedrich qui reçut, pour ce rôle, le Prix d’interprétation à la dernière Berlinale) y emmène Luis, qui vit à présent avec sa mère. Sur ce canevas très mince, le film vaut davantage pour ses paysages et son aspect impressionniste que pour le reste. De fait, la peinture de la connexion père-fils est classique au possible : caractère buté et fermé du second, regrets et remords du premier d’être passé à côté de leur relation.

De même, l’immensité des plaines du nord de la Norvège renvoie évidemment à l’incommunicabilité entre les deux personnages et la dimension intemporelle des lieux au blocage des échanges entre eux. Au surplus, Arslan ponctue son film de saynètes attendues, telle cette rencontre entre Luis et une adolescente en vacances avec ses parents ou bien cette engueulade qui conduit le jeune homme à s’échapper un instant du regard. Reste alors au spectateur à admirer les vues des lacs et montagnes et à laisser son esprit vagabonder en même temps que les héros arpentent cette contrée.

Présenté dans la section Un Certain Regard au dernier festival de Cannes, Western arrive plus de dix ans après Désir(s), précédent film de Valeska Grisebach, salué en son temps sur ces pages. Malgré cette distance temporelle, l’Allemande prolonge, d’une certaine manière, le fil de sa filmographie puisqu’on retrouve ici des comédiens non-professionnels ainsi que la volonté de proposer une sorte de fable, autour de la présence d’ouvriers allemands sur un chantier de centrale hydraulique en Bulgarie. La rivalité entre les premiers et les villageois bulgares génèrent des affrontements autour de l’approvisionnement en eau mais, derrière ce motif, c’est naturellement le poids économique des deux pays respectifs qui est évoqué, comme l’aspect dominateur des ouvriers, se comportant en quasi-colons, ou les conséquences économiques de la présence de ces travailleurs détachés.

Le déroulé du film fait alors le choix de prendre son temps, et de se répéter, jouant sur la résonance entre cette durée et l’apprivoisement lent des uns et des autres, porté par l’un des Allemands qui fait montre d’une volonté d’acculturation plus marquée que ses comparses. Bien que les liens avec le western (grandes étendues, virilité exacerbée, importance des chevaux, partie de poker) puissent laisser l’impression d’un prétexte, la réalisatrice tient son propos même si on peut rester un peu extérieur à l’ensemble.

Dates de sortie :
-  Les Amitiés invisibles : en salles depuis le 18 novembre 2015
-  Western : 22 novembre 2017

François Bousquet
le 12/10/2017

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