Clément Cogitore : Braguino ou la communauté impossible

 date

du 15/09/2017 au 23/12/2017

 salle

Le Bal,
Paris

 appréciation
 tags

Clément Cogitore / Le Bal

 liens

Le Bal

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L’an passé, lors de l’exposition du Prix Fondation d’Entreprise Ricard (qu’il allait remporter), nous avions fait état du « parcours déjà bien riche de Clément Cogitore ». Nous avions alors omis de préciser qu’il avait également été lauréat du premier Prix Le Bal de la Jeune Création avec l’ADAGP, distinction destinée à accompagner un photographe ou vidéaste de moins de 40 ans pendant deux ans, afin de finaliser un projet déjà entamé. Précisément, Clément Cogitore avait eu l’occasion de faire la connaissance du village de Braguino, isolé au fond de la Taïga sibérienne et habité par la seule famille du même nom, avant que celle-ci ne soit rejointe par la famille Kiline et que la communauté devienne « impossible ».

Le rendu de cette rencontre se concrétise à présent dans un film d’une cinquantaine de minutes, exposé au Bal dans une version éclatée, sur neuf grands panneaux présentant les vidéos sur une face et des photos de l’autre. Cette fragmentation de la scénographie renvoie alors intelligemment à la fragmentation du récit puisque le Français s’attache à narrer une histoire autour de ce village et de ces familles : marche en forêt, chasse à l’ours, jeu des enfants sur une île de sable, affrontements larvés et menace de conflit armé. Dans ce contexte de tensions entre ceux qui étaient là les premiers et les nouveaux arrivants, la paranoïa et la crainte de l’autre sont exacerbées et passent par des truchements comme la surveillance radio ou visuelle. La peur de voir son univers chamboulé peut se faire d’autant plus surprenante, pour les Braguino, qu’eux-mêmes avaient déjà investi un univers inhabité et donc chamboulé l’ordonnancement naturel.

Avec cette création, Clément Cogitore reprend le fil de son travail sur la nature de ses productions, puisque tout est fait pour que le spectateur s’interroge sur le statut des images : documentaires ou fictionnelles ? Cette réflexion se fait d’autant plus forte que, sous des atours véristes (photographies d’archives montrant le patriarche Braguino à son arrivée sur place, il y a plusieurs décennies), plusieurs indices font pencher la balance dans la seconde direction : montées de tensions dramatiques, multiplicité des caméras pour réaliser plusieurs angles de prises de vues, caractérisation des protagonistes, séquençage soigné, etc… La beauté plastique de l’image du vidéaste, comme la poursuite de ses recherches autour de la thématique des conflits, sont également à saluer dans cette nouvelle réussite d’un artiste déjà installé.

François Bousquet
le 08/12/2017

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