Festival Premiers Plans d’Angers 2018 - Reprise du Palmarès

 date

du 12/01/2018 au 21/01/2018

 salle

Forum des Images,
Paris

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Pour leur trentième édition, les Premiers Plans d’Angers étaient, comme annoncé l’an passé, reçus en majesté au Forum des Images avec plusieurs séances de longs-métrages récompensés, en plus d’un panorama des courts-métrages primés. Afin de pouvoir s’ouvrir à davantage de public, la reprise du Palmarès fut opportunément organisée un dimanche, qu’on passa donc installé dans les fauteuils de l’auditorium, prêt à découvrir ces films de jeunes auteurs non encore nécessairement identifiés.

Ce fut le cas des réalisateurs de courts-métrages, à commencer par les deux propositions animées, nouvelles illustrations d’une utilisation non naturaliste de ce registre. Dans Sog (Grand Prix du jury pour les Films d’écoles européens), une inondation a conduit des poissons à être coincés dans un vieil arbre, lesquels vont troubler la quiétude des habitants d’une grotte voisine. L’affrontement alors dépeint par l’Allemand Jonatan Schwenk renvoie au conflit nature-culture, sur fond de catastrophe écologique. Autre résonance avec des débats actuels dans Barbeque (Grand Prix du jury des Plans animés) puisque Jenny Jokela, avec son trait à la peinture acrylique, s’attache à la manière qu’ont les femmes de gérer un stress post-traumatique. Les visions des corps écorchés, des épidermes déchirés et des peaux étirées s’avèrent malséantes, témoignant d’une forme de réussite du projet.

Grands Prix ex-aequo du jury des Courts-métrages français, les deux films suivants se passent dans le sud, respectivement à Nice et au Grau-du-Roi. Venant visiter sa grand-mère et son grand-oncle, Benoît Grimalt leur demande de leur raconter les milliers d’épisodes des Feux de l’Amour qu’ils suivent, chaque jour sur TF1, depuis 1989. Le début de Retour à Genoa City (du nom de la ville fictive du feuilleton) se fait hilarant, tentant de décrire les liens entre les multiples personnages, de retracer leurs mariages à répétition, pointant les changements de comédiens pour interpréter le même héros ou bien soulignant les gros plans récurrents sur les visages marqués par les révélations. Alors qu’on pouvait craindre une forme de condescendance du regard porté sur les deux aïeux, accrocs à une série dont ils reconnaissent à peine les protagonistes, le court-métrage prend une tournure plus décalée quand la voix de Victor (apparemment l’un des héros du feuilleton) commence à interroger les deux grands-parents. Ressurgit alors le passé italien et algérois de la famille, dans une teinte plus intime et mélancolique, avant qu’un bond temporel d’une année n’amène le réel à rattraper tout cela.

Pour Daniel, descendre au Grau-du-Roi pour l’été, c’est l’occasion de passer du bon temps, dans une forme de glande estivale typique : virées à la plage, drague lourdaude, préparation de bouteilles de Pastis ou de joints. N’oubliant pas de faire chaque matin ses exercices (pompes, abdos…), le jeune homme y sculpte un corps musculeux, magnifié par le filmage de Vincent Weber, dans une esthétique à la limite de l’homo-érotisme. Au gré des rencontres, Daniel va faire montre d’une violence plus ou moins rentrée, évidemment contrebalancée par la présence d’une fêlure émotionnelle. Ce mécanisme finit malheureusement par faire de Déter un court-métrage très écrit alors que ses conditions de tournage, comme ses deux premiers tiers, l’orientaient vers des aspects plus improvisés.

Prix du Public Jeanne Moreau des longs-métrages européens, Strimholov s’inscrit dans l’Ukraine contemporaine, marquée par les manifestations tenues Place Maïdan par des jeunes gens qui, depuis, semblent un peu perdus. Les trajectoires fragmentées d’Anton et Katya vont ainsi se croiser, faisant se rencontrer deux personnages marqués par une difficulté d’être au monde, une incommunicabilité, une perte de repères et une forme de fatalisme. Pour servir ce propos, Marina Stepanska a naturellement recours à une sécheresse dans sa mise en scène, une rareté des dialogues et une photo très pâle, accentuant les tonalités des premières lueurs du jour. Si cette réalisation nous permet de nous confronter à une filmographie peu en vue, elle se révèle être ainsi probablement trop apprêtée dans sa concrétisation.

N’ayant pu départager deux longs-métrages, le jury, présidé par Catherine Deneuve, fit le choix, comme ses homologues du jury des courts-métrages, d’un ex-aequo pour son Grand Prix, donné donc à deux films sortant sur les écrans français à quelques semaines d’intervalle. Repéré à Cannes l’an passé, Tesnota, une vie à l’étroit y était présent dans la section Un Certain Regard et plusieurs observateurs avaient regretté son absence de la Compétition, tant le film de Kantemir Balagov les avait marqué. Il est vrai qu’il se distingue par une très belle maîtrise formelle : cadre serré dans un format quasi-4/3, travail très poussé sur le son (parfois étouffé, parfois isolé sur un élément du plan), angles de caméras savamment choisis, etc… Cette habileté est ici mise au service de la relation d’un fait divers, se déroulant en 1998 dans le Caucase du Nord et voyant une communauté juive (et notamment une famille) tout mettre en œuvre pour payer la rançon demandée à la suite du kidnapping de deux jeunes gens. Le réalisateur russe s’appuie donc sur ses partis pris formels pour accompagner son récit, centré autour de la fille aînée d’une des deux familles : plans resserrés pour signifier son confinement et son sentiment d’étouffement, son contenu lorsqu’elle fait le choix de s’isoler du monde extérieur qui la révulse, décadrage léger quand elle fait un pas de côté par rapport à la norme familiale. Le jeu impressionnant de Daria Jovner (salué par un Prix d’interprétation), qui est de presque tous les plans, se trouve mû par une forme de rage et d’envie de vivre qui conduit parfois le spectateur à ne pas savoir si elle pleure ou si elle rit. Tesnota, une vie à l’étroit est certes un film assez dur, mais il réserve quelques espaces interstitiels au public qui trouve matière à respirer comme Ilana trouve elle-même des échappatoires.

Œuvre d’un réalisateur agissant par ailleurs comme plasticien, Winter Brothers (Vinterbrødre) fait effectivement preuve de fortes qualités esthétiques, situant son action dans une carrière de calcaire entourée de forêts enneigées. Le tournage en Super 16 en rajoute même dans la granulosité de l’image et la forme d’onirisme du film, sensations que convoquaient déjà les effets de matière générés par l’usine et les carrières, ainsi que par l’environnement neigeux et de calcaire volatil. Les frères du film d’Hlynur Pálmason, ce sont à la fois Emil et Johan, travaillant tous deux dans la mine, mais aussi tous ces compagnons d’armes, de galère, de cailloux et de poussières. Pour le cinéaste islandais, tous se trouvent réunis par des liens moins évidents que ceux des deux frères (jaloux l’un de l’autre, car ils sont tous deux intéressés par la même fille, révoltés car l’un est bel homme est musculeux tandis que l’autre est plus chétif et simple d’esprit), même si l’esprit de corps de la petite troupe va se lézarder en raison d’un événement tragique. Va alors se retrouver grippée la mécanique répétitive des mêmes séquences (passages dans la mine simplement éclairée par les lampes frontales, allers et retours des baraquements à l’usine en camion, nettoyage des tenues) qui, dans un geste pertinent, renvoyait au caractère cyclique des rythmes de travail et au tournoiement incessant des machines.

Dates de sortie :
-  Winter Brothers : 21 février 2018
-  Tesnota, une vie à l’étroit : 7 mars 2018

François Bousquet
le 28/02/2018

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