Mondes

 auteur

Alexandra Badea

 metteur en scène

Alexandra Badea

 date

du 15/03/2018 au 23/03/2018

 salle

Théâtre de la Cité Internationale,
Paris

 appréciation
 tags

Alexandra Badea / Théâtre de la Cité Internationale

 liens

Théâtre de la Cité Internationale

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Nouvel exemple de tentative de captation du réel, ou tout du moins de dialogue entre le réel et le théâtre, avec cette proposition d’Alexandra Badea, auteure dont les pièces sont montées dans des lieux de plus en plus importants. Avec Mondes, la jeune femme entend partir d’une photographie d’actualité trouvée sur internet, extraite des sites d’information, pour la mettre en contrepoint d’un échange épistolaire par courriels entre deux ex-amoureux qui essayent de mettre des mots sur leur mal-être et leur séparation.

Dans une configuration rudimentaire (l’auteure est assise derrière son laptop, un micro à portée de bouche, Benjamin Coller l’accompagne à la guitare, posté à jardin, tandis qu’un écran en fond de scène reproduit ce qu’il y a sur l’ordinateur), il s’agit donc de combiner images, texte écrit (les courriels de la jeune femme) et texte lu (ceux, en réponse, de son ancien compagnon). Malheureusement, le propos frise trop souvent la dissertation adolescente, quand il met en comparaison les images de la guerre en Syrie avec le confort du quotidien des jeunes gens dans la grande ville froide, quand il discoure sur l’ultra-moderne solitude (« On n’est plus habitué aux sourires/On n’est plus habitué aux regards ») ou quand il fait un constat d’une folle originalité (« On a trop détruit le monde, il est peut-être temps de reconstruire quelque chose »).

Plus encore, le parallèle entre la guerre et la rupture amoureuse frôle parfois l’indécence : « Un amour ne peut pas exister en dehors de son monde/On ne pouvait pas exister en dehors de notre monde et ce monde est parti en morceaux ». Que les dramaturges ne vivent pas en vase clos et s’intéressent au monde extérieur ne peut évidemment qu’être louable, mais la manière de procéder importe néanmoins ; de toute évidence, ici, l’essai n’est pas transformé et la tentative reste vaine (bien que les accompagnements musicaux soient assez probants, par ailleurs). À un moment, Badea diffuse une archive vidéo de 1985 dans laquelle Marguerite Duras imagine l’homme en l’an 2000 : « Je crois que l’homme sera littéralement noyé dans l’information. Dans une information constante sur son corps, sur son devenir corporel, sur sa santé, sur sa vie familiale, sur son salaire, sur son loisir. Ce n’est pas loin du cauchemar ». Comme on pouvait le craindre, la comparaison avec le reste du spectacle s’avère bien délicate pour Badea puisqu’en trois minutes, l’écrivaine d’Hiroshima mon Amour se place, sans peine, des coudées au-dessus d’elle.

François Bousquet
le 17/03/2018

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