More Music Festival : Fennesz & Lillevan / Franck Vigroux & Kurt D’Haeseleer / Julien Desprez

 date du concert

05/04/2018

 salle

Concertgebouw Brugge,
Bruges

 tags

Concertgebouw Brugge / Fennesz / Franck Vigroux / Julien Desprez

 liens

Fennesz
Franck Vigroux
Concertgebouw Brugge

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On goûte à nouveau, après y avoir applaudi l’an dernier Robert Henke et Alva Noto, à l’une des soirées du très recommandable festival brugeois More Music, dans le cadre impeccable du Concertgebouw (dont l’excellente qualité sonore ferait pâlir nombre de salles belges). A défaut du Carl Craig Synthesizer Ensemble deux jours plus tard, nous jetâmes notre dévolu sur un autre vétéran, très habitué de ces pages mais que pour notre part nous n’avions plus vu, sauf erreur, depuis déjà douze ans.

En guise d’entrée, Franck Vigroux accompagné du vidéaste louvaniste Kurt D’Haeseleer nous présentèrent une pièce de 40 minutes intitulée Centaure, parue voici déjà quatre ans. Nous n’avions jamais été confronté au travail de ce compositeur français, de sorte que nous arrivions vierge de tout a priori. D’emblée surpris par l’intensité prégnante du propos, on n’évitera cependant pas de sombrer dans un certain ennui, dû au caractère passablement décousu et au manque de ligne directrice un tant soit peu stable. Nappes sourdes, claquements secs, déflagrations puissantes, placards semi-électroniques semi-guitare préparée ; dans le style, nous avons déjà entendu plus intéressant. Un climat oppressant, sinon opaque, domine un set intense mais insuffisamment plaisant, la puissance des sons fracassés écrasant trop le propos. Le tout en dépit de fort belles projections, sombres, mouvantes et accrocheuses, sur un écran immense occupant tout le fond de la scène.

C’est l’heure de la pièce de résistance et, ici, les projections concoctées par Lillevan Recherche - membre fondateur de Rechenzentrum - s’avèrent tout bonnement splendides. D’une grande finesse et d’une réelle inventivité, elles rehaussèrent encore la proposition musicale très impressionnante que délivra Christian Fennesz. Intitulée Mahler Remixed et chroniquée dans ces pages, composée en 2011 mais parue chez Touch en 2014, il s’agit, à nos oreilles du moins, d’une oeuvre originale de l’Autrichien, davantage que d’une relecture moderne de celle de son illustre compatriote. 45 minutes magnifiques, naviguant entre aplats de guitare et subtils effets micro-électroniques, sur un lit de nappes et textures puissamment enveloppantes. Un très beau voyage, complexe et abouti, assez difficile à décrire car il se ressent plus qu’il ne s’intellectualise, où se réaffirma sans peine la maestria et la quintessence du travail de son auteur. Vraiment de toute beauté : de bien salutaires retrouvailles avec un artiste précieux, qui n’a pas son pareil pour élaborer d’exquis et très personnels climats sonores.

Pour le dessert, nous migrons de la Grote Zaal vers l’espace adjacent, le Studio 1, pour y rencontrer un autre Français, Julien Desprez, en tandem avec le scénographe et chorégraphe Grégory Edelein, outre Cécile Guigny à la régie lumières. Le public prend place en cercle autour d’un espace central jonché de nombreuses pédales d’effets et de trois doubles néons posés à même le sol, qui tiendront une place importante dans la performance qui s’annonce. Jamais sans doute n’aurons-nous entendu une guitare ainsi (mal)traitée : Desprez en tire, grâce à une multitude d’effets originaux dont il use de main (ou de pied...) de maître, des sonorités torturées, fracassées, démantibulées ; il assomme, triture, malmène son instrument, les yeux mi-clos, circulant dans l’espace central, se rapprochant de spectateurs intrigués voire médusés, commandant du pied les néons qui s’éclairent en alternance et en rythme, clignotent, s’éteignent, reviennent. Pour le moins original ; mais avec, musicalement parlant, un résultat tout de même un peu bruitiste et sans grande cohérence, qui ne convainc pas pleinement.

Ainsi s’achève une bien agréable soirée brugeoise printanière, hors des sentiers battus.

Gilles Genicot
le 15/04/2018

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