Philippe Ramette : …points de vue…

 date

du 30/06/2018 au 26/08/2018

 salle

Passage Sainte-Croix,
Nantes

 appréciation
 tags

Passage Sainte-Croix / Philippe Ramette

 liens

Passage Sainte-Croix

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Comme avec Laurent Pernot, l’an passé, le Voyage à Nantes offre à un plasticien les espaces intérieurs du Passage Sainte-Croix comme quelques lieux urbains ouverts (Place du Bouffay, Passage Pommeraye, Cours Cambronne, cour du Château des Ducs de Bretagne, etc…). Plutôt familier du grand public depuis que son imagerie a été reprise par une campagne publicitaire de France Culture, Philippe Ramette trouve, dans la capitale de Loire-Atlantique, un terrain propre à présenter aussi bien des sculptures que des photographies.

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Éloge du pas de côté
(courtesy Galerie Xippas)

Les sculptures sont, naturellement, disséminées dans la ville, appartenant toutes à la même série des Éloges : une silhouette masculine à l’échelle 1, souvent debout sur un socle imposant, prenant une posture un peu décalée qui prend tout son sens à la lecture de sa légende. Éloge du pas de côté voit ainsi l’homme mettre un pied en dehors du socle, Éloge de la discrétion est tout de blanc vêtu afin de se fondre dans le mur contre lequel il se tient, Éloge de l’Adaptation permet, par la forme de son socle, de retrouver une position verticale nonobstant la pente du terrain etc… Entre nonsense et prise de possession de l’espace public, ces réalisations font intelligemment écho aux travaux photographiques dont une sélection est accrochée Passage Sainte-Croix.

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Socles à réflexion (Utilisation)
(courtesy Galerie Xippas)

Se mettant en scène dans son éternel costume-cravate sombres, Philippe Ramette y use d’artifices et trucages un peu rudimentaires qu’il fait le choix de rendre visibles ou non. Dans le premier cas, ces « prothèses à attitudes », par la simplicité de leur conception (quelques morceaux de bois à peine vernis, des liens et attaches entre eux), touchent presqu’autant que l’aspect poétique de la position prise par l’artiste pour contempler paisiblement le paysage (Point du vue individuel portable (Utilisation) et le célèbre Socles à réflexion (Utilisation), décalque contemporain du Voyageur contemplant une mer de nuages de Casper David Friedrich).

Dans la seconde hypothèse, les prothèses et subterfuges sont masqués, rendant l’illusion évidemment plus forte et incitant le spectateur à chercher, comme face à un prestidigitateur, « quel est le truc ». Ici encore, il s’agit de confronter l’homme statique, mutique, immuable dans sa tenue (dans tous les sens de ce terme) et le paysage, qu’il s’agisse d’une ligne d’horizon ou de la skyline hong-kongienne. Jeu sur la gravitation et chamboulement des horizontalités et verticalités fondent alors le travail de Ramette, même si, par moments, la combinaison entre position du personnage et point de vue sur le décor est trop ouvertement manipulée.

Aussi à l’aise en haut d’une montagne que sur ou dans l’eau, le Français regarde notre époque avec toute la distance nécessaire, contemplant son basculement et l’inversion des perspectives qui, probablement, en dit davantage que tout discours sur le « nouveau monde ».

François Bousquet
le 25/07/2018

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