Les Enivrés

 auteur

Ivan Viripaev

 metteur en scène

Clément Poirée

 date

du 14/09/2018 au 21/10/2018

 salle

Théâtre de la Tempête,
Paris

 appréciation
 tags

Ivan Viripaev / Théâtre de la Tempête

 liens

Théâtre de la Tempête

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En 2006, alors qu’il commençait tout juste à être joué sur les scènes françaises, on avait vu Oxygène, d’Ivan Viripaev, au Théâtre de la Cité Internationale. Douze ans plus tard, ses pièces sont proposées très régulièrement dans notre pays, en faisant l’auteur dramatique russe le plus monté. Preuve en est avec ces Enivrés, texte écrit en 2013 et dont il s’agit déjà là de la quatrième mise en scène en trois ans (!), cette forme de trop-plein renvoyant même, de manière probablement involontaire, à l’argument de la pièce. De fait, l’auteur nous invite à suivre quatorze personnages, dans une nuit d’ivresse, passant de monologues à des scènes de groupe, de séquences assez longues à des pastilles intermédiaires plus brèves.

Dans un contexte où, dès le début (voire dès le hall du Théâtre de la Tempête où les spectateurs font la queue tandis que trois comédiens chantent à tue-tête, déjà bien éméchés), les personnages sont complètement soûls, cette note sera tenue, le tempo ne baissera guère et les comportements caractéristiques des beuveries nocturnes seront tous passés en revue. Cris, éructations, énonciations de phrases sans queue ni tête (au hasard : « Aimer la viande grillée et aimer Jésus, c’est le même amour/L’essentiel, c’est d’aimer ») ou sans début ni fin : tout le registre attendu des gens avinés est donc convoqué, au gré des rencontres nocturnes. Moins évident, l’aspect révélateur des échanges imbibés est parfois mis au jour, quand les vérités sortent ou que les personnages se décillent, du fait de certaines révélations.

On relèvera quelques autres moments intéressants, notamment quand l’ensemble est tiré vers le burlesque (la scène du restaurant végétarien, par exemple), même si l’étirement des scènes sied bien mal au propos, suscitant une forme de gêne, ou de malaisance, face à ces attitudes. Sur ce point, les comédiennes s’en sortent plutôt bien (même si elles ne sont guère servies par le texte), alors que la distribution masculine fait un peu peine à voir, mimant péniblement la titubation, davantage apparentée chez eux à des sortes de chorégraphies forcées qu’à une imitation du réel, dénuées de toute forme de reconstitution du vécu. Long de près de deux heures et demi, Les Enivrés bénéficient, pour figurer ces différentes confrontations, d’une double tournette, dotée de parois transparentes permettant de structurer l’espace et de masquer les changements de décor. Peut-être trop littéral (les tournettes tournent, comme la tête des personnages soûls), ce dispositif s’avère une nouvelle manifestation, en quelque sorte, des limites de l’entreprise.

François Bousquet
le 21/09/2018

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