Festival Open-Circuit : "Femmes - A female exploration" : AGF / Zavoloka / Phantom Orchard

 date du concert

04/03/2005

 salle

België,
Hasselt

 tags

AGF / België / Heather Leigh / Hild Sofie Tafjord / Phantom Orchard / Samara Lubelski / Zavoloka

 liens

Zavoloka
AGF

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En attendant le festival K-raa-K la semaine prochaine, l’événement organisé par Open-Circuit nous a permis de remettre avec grand plaisir les pieds dans cette passionnante salle qu’est le België. C’est une pérégrination aventureuse pour oreilles curieuses qui nous était proposée, et le programme tint ses promesses.
Le concept est original puisque les mêmes artistes jouent deux soirs de suite en combinaisons différentes. Le programme est réparti sur deux lieux proches, bien que ce ne soit pas rigoureusement indispensable. On commence donc par pénétrer dans une sorte d’entrepôt, heureusement chauffé, où un petit nombre de personnes regarde distraitement les projections de Solu qui tournent en boucle : hangar désaffecté, live destroy-rock, dessin animé ludique et enfantin, jeux de formes et de couleurs en phase avec une musique allant du drone ambient tintinabulant à des excursions bruitistes en passant par un rock rèche et aride.

Les concerts ont lieu dans la cour attenante où tout le monde s’emmitouflait dans ses manteaux. Ici, les projections, dont l’on ne sait si elles sont également l’oeuvre de Solu, sont plus statiques et bénéficient d’un écran géant. C’est à AGF que revient l’honneur d’ouvrir le festival. Elle s’acquittera de la tâche au moyen de textures métalliques lentes et oppressantes avec craquements, sourdes pulsations et sa voix fluette qui psalmodie et donne une dimension presque pop expressioniste. Nous entraînant dans ses méandres industriels tortueux, Antye Greie, dont la discographie s’étoffe sans cesse, livrera un set marquant, dépourvu du côté abrupt et sautillant que l’on retrouve parfois sur ses albums. Sa voix est particulièrement belle sur l’avant-dernier morceau, où elle livre une comptine réflexive seulement soulignée par quelques notes apaisées.
Antye introduit ensuite son amie Zavoloka, qui vient de sortir son premier album sur le label Nexsound. Le set de l’ukrainienne sera plus doux, commençant par une mélopée traditionnelle réverbérée avant que s’installe un climat de cliquetis, grincements et notes aiguës disparates. Une agréable flûte champêtre revient à plusieurs moments au cours du set, tel un leitmotiv - tout comme d’ailleurs le chant traditionnel.
AGF revient ensuite pour un final en duo. L’Allemande crée alors un lent drone hypnotique, progressivement rythmé, qui se marie très bien avec l’univers plus onirique de sa comparse. On s’oriente peu à peu vers un final fracturé et ludique, avec voix samplées, l’extrême fin de ce set commun étant lancinante, énigmatique et d’une grande beauté placide, comme en apesanteur.
Nous ne le savons pas encore, mais nous venons d’assister au meilleur concert de la soirée. La succession puis la combinaison de ces deux univers a fonctionné à merveille, pour un résultat enthousiasmant.

Nous parcourons alors, dans et sous la neige, les quelques centaines de mètres qui nous séparent du België, où nous arrivons juste à temps pour le set de Danielle Lemaire sur la scène principale. La Néerlandaise présentait une composition intitulée Perfect Surroundings que l’on pourrait décrire comme une sorte de cabaret expressioniste à une voix, assez grave, avec divers instruments-jouets. La tonalité est dominée par des nappes d’orgue et le chuintement d’un xylophone. Ici encore, des projections (ce ne sera guère le cas par la suite) : fleurs, fête foraine illuminée, route sylvestre. Avec une boîte à musique, des clochettes, sa voix décalée et toujours les nappes d’orgue, Danielle Lemaire semble créer une musique en gestation, imparfaitement composée et un peu maladroitement exécutée. Sympathique mais sans grand intérêt.

Commence alors un parcours chronométré entre les 3 salles du bâtiment (dans la 4ème, munie de divans et d’un éclairage très seventies, un film expérimental est projeté en boucle) puisque les sets se chevauchent quelque peu. Notons que le public, assez peu nombreux, aura pu profiter d’un grand confort d’écoute, trouvant toujours à s’asseoir. Le son était tout à fait raisonnable et l’assistance appréciait et respectait. Un modèle.
Direction donc la ’salle noire’ pour découvrir Islaja, Finlandaise auteur de deux albums sur le label Fonal et collaborant avec Heather Leigh que l’on verra plus tard (pas de set commun pour elles ce soir). Encore un xylophone, qui accompagne ici un chant en finnois expressif et inspiré. Accompagnée par l’un des deux seuls représentants du sexe masculin qui auront foulé la scène ce soir, Islaja oeuvre dans un folk intimiste dépouillé, un brin bancal et donc séduisant. Guitare sèche, maracas, flûte-sifflet, melodica ; point de laptop, juste un substrat samplé sur DAT ou MD. Le charme diminue lorsque les scansions vaporeuses de la Finlandaise s’accompagneront de ululements suraigus au saxo puis d’accords répétitifs à la guitare électrique. Prenant, mais un peu lassant.

Ensuite, dans la 3e salle, nous assisterons au 2e grand moment de la soirée avec la performande noise/danse combinée de Hild Sofie Tafjord (norvégienne, membre de Fe-Mail et Spunk) et Lotta Melin (suédoise). La première officie au pur laptop implacable et crachotant, bestial, avec comme des hurlements apprivoisés. Une musique proche de Merzbow, dont à l’accoutumée nous sommes peu client, mais qui aura montré une puissance dévastatrice impressionnante. De roulements progressifs en déflagrations soudaines, le set était excellent. Il se trouvait rehaussé par la gestuelle de Lotta Melin, d’une grande expressivité et en parfaite interaction avec sa comparse. Force émotive, sensualité brute, puissance évocatrice et jeu d’ombres de la danseuse sur le mur... Une performance qui fut saluée à sa juste valeur par le public. Les deux demoiselles improvisent ensuite un set avec la Belgo-Néerlandaise Esther Venrooy qui prit la forme d’un dialogue de cuivres (cor de chasse, clarinette, saxo). Moins convaincant, si ce n’est le jeu de réactions de Lotta Melin sur les sonorités stridentes des cuivres.

Retour dans la ’salle noire’ pour une respiration plus calme avec Tara Burke, membre de Fursaxa et collaboratrice occasionnelle de Greg Weeks. Elle utilise sa voix comme un véritable instrument, offrant une longue complainte presque religieuse a cappella puis un psaume quasi médiéval à l’orgue qui ne fut pas sans évoquer un Dead can Dance dépouillé à l’extrême. Sirène et flûte, accordéon lent et plaintif, climat lancinant et stridulent : le charme opère, mais cela nous laissera tout de même un peu froid.

On attendait beaucoup de la prestation de Phantom Orchard qui suivait sur la main stage, au vu du pédigrée de Ikue Mori et Zeena Parkins et de la sortie de leur album chez Mego, et pour tout dire on fut déçu et on n’accrocha pas. Nous n’avons pas encore évoqué l’élément habillement : tout de blanc vêtue, Zeena Parkins confère une allure fantômatique aux surprenantes compositions du duo, tranchant avec Ikue Mori officiant au laptop et strictement habillée de noir. Parkins utilise des instruments inhabituels : sorte de harpe géométrique qu’elle manipule avec divers accessoires, melodica manuel et non buccal. Quand les structures se densifient, s’opacifient, la sauce prend ; mais de nombreux passages se révèlent trop décousus à notre goût pour qu’au final la prestation du duo convainque vraiment (sonorités élaborées mais trop abruptes, structures par trop désagrégées). Toujours est-il que ces deux demoiselles sont très agréables à regarder et que leur collaboration prend la forme d’un dialogue-collage de noir et de blanc, d’est et d’ouest, d’eau et de feu.

Heather Leigh nous attirait aussi, vu sa présence au sein de Charalambides et Taurpis Tula. Sous ses allures de jeune fille sage à lunettes, elle malmène à tout va un innocent clavier. Ce n’est pas très intéressant et pour tout dire assez rébarbatif. Ouf, elle se calme et égrène une complainte, mais avec moins de force que Tara Burke précédemment. On décroche et même on s’assoupit. Il faut dire qu’on est là depuis presque 6 heures.
Du coup, et aussi en raison d’un horaire devenant assez approximatif, on ne voit que la toute fin du set de la Belge Loobke. C’est suffisant pour regretter d’avoir manqué ces folk-songs délicates et entêtantes, à la guitare et au clavier, avec voix frêle montée en boucle.
On continue dans la même veine avec l’Américaine Samara Lubelski, en plus éthéré. Délicatesse et épure d’un songwriting très doux à la guitare électrique asséchée. Avec sa voix caressante, elle nous serine des berceuses bienvenues à 1h du matin, et nous aurons envie de partir sur cette jolie note. Malheureusement, comme souvent, le style montre ses limites avec des arpèges trop semblables et une insuffisante différenciation entre les compositions - néanmoins ponctuées de vigoureux et complices ’yeah !’ d’un public clairsemé mais toujours enthousiaste à cette heure tardive.
On termine avec le collectif belge Maskesmachine, où officie le 2e homme de la soirée à la contrebasse. C’est beaucoup trop lent à se mettre en place mais, par curiosité, on attend de voir ce que vont produire les 3 demoiselles affublées d’accoutrements folkloriques lorgnant vers le ridicule. Le vrombissement chaud de la contrebasse est certes agréables, mais les minauderies et éructations vocales mêlées des 3 demoiselles nous énerveront. Trop second degré pour être honnête, penserons-nous en substance, et nous quitterons avant la fin pour reprendre, à presque 2h30, une délicate route hivernale.

Au final, cette soirée dense fut très profitable par les découvertes hors des sentiers battus qu’elle nous permit de faire. Les artistes invitées font preuve d’originalité, de sincérité et d’intégrité dans leur démarche et certains talents nous ont véritablement impressionné. Félicitations donc au België et à Open-Circuit pour cette belle organisation qui a atteint son but.

Gilles Genicot
le 05/03/2005

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