Sombre Rivière

 auteur

Lazare

 metteur en scène

Lazare

 date

du 28/11/2018 au 30/12/2018

 salle

Théâtre du Rond-Point,
Paris

 appréciation
 tags

Lazare / Théâtre du Rond-Point

 liens

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Alors que la dernière rentrée littéraire en date avait vu plusieurs écrivains s’emparer des attentats de novembre 2015, que le beau film Amanda de Mickaël Hers tourne autour de cette thématique, les plateaux de théâtre avaient connu, dès le printemps 2017, une déclinaison du « et qu’est-ce qu’on peut faire après cela ? ». Créé au Théâtre national de Strasbourg il y a une vingtaine de mois, donc, c’est au Théâtre du Rond-Point que Sombre Rivière s’installe pour quatre semaines, occasion pour nous de nous frotter au travail de Lazare et de sa troupe.

Malheureusement, autant l’écrire immédiatement, nous déchantâmes très rapidement. Avec comme point de départ les deux coups de téléphone passés par l’auteur après le 13-novembre (à sa mère et à Claude Régy), et la volonté de proposer un spectacle cathartique, on pouvait pourtant s’attendre à une forme de communion à laquelle on se serait bien volontiers joint. Mais, en vérité, ce sont deux longues heures auxquelles il faut assister, suite de saynètes et de moments chantés, accompagnés par des membres de la troupe jouant live (batterie, contrebasse, violoncelle, flûte traversière et guitares). Techniquement, sur ce dernier plan, il n’y a pas grand-chose à redire et la capacité des intervenants à assumer jeux scénique et musical n’est nullement en cause. On n’en dira pas autant de l’écriture de Lazare, entre accents à l’ingénuité confondante (« C’est interdit Maman, çà ou pas ? » demande le personnage-relais du dramaturge, en évoquant les attentats) et parallèles quasi-gênants entre le massacre de Guelma (répression par les forces françaises de manifestations nationalistes en Algérie le 8 mai 1945) et les attentats de Daech du 13-novembre.

Comme le fil tiré à partir de ces actes terroristes le conduit à s’interroger sur les difficultés d’être Arabe aujourd’hui en France, on aurait aussi pu espérer un propos politique (au-delà de l’indication que, pour s’en sortir après les attentats, il faut se rassembler). Or, il n’en fait presque rien, ressassant ce constat sans le dépasser ; pis, l’aspect Grand-Guignol de certaines séquences frise alors l’obscénité morale, compte tenu de ce point d’arrivée et de ce point de départ. Mais comme Lazare est intelligent, il place, au sein même de son spectacle, sa propre critique quand le personnage de Sarah Kane vient le hanter et lui lance « Tu aimais Rimbaud et là, tu fais un mauvais Feydeau ». Cette tentative de désarmer le chroniqueur crée un effet de connivence avec certains membres du public, conquis et ravis de retrouver ici quelques personnages récurrents des créations du Français (Libellule, Jonas le prophète de Brest). Quand ces derniers se retournent contre leur auteur, mécontents de son sort, c’est à un vieux méta-théâtre qu’on fait alors face, tandis que certains partis-pris de mise en scène sonnent assez ringards (les comédiens en chemisettes à motifs et casquettes sur le côté, façon parodie « humoristique » des années 90). Brisons-là ! Le lecteur pourra, s’il le souhaite, se forger son opinion par lui-même, la nôtre étant faite.

François Bousquet
le 18/12/2018

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