Présences Électronique 2019 : Mats Erlandsson / Okkyung Lee / Low Jack / BJ Nilsen

 date du concert

24/03/2019

 salle

Maison de la Radio,
Paris

 tags

BJ Nilsen / Festival Présences Électronique 2019 / INA / GRM / Low Jack / Maison de la Radio / Mats Erlandsson / Okkyung Lee

 liens

INA / GRM
BJ Nilsen
Okkyung Lee

Le plateau du dimanche à Présences Électronique, intelligemment programmé à 18h, débuta par la traditionnelle diffusion d’une pièce de répertoire, mais un répertoire pas trop lointain car le morceau considéré datait de 1996-1997. Composé à partir d’accords un rien dissonants, Adjacencies fit tout d’abord montre d’une trop grande frontalité des notes jouées simultanément, comme si chacune tentait de passer au-dessus de l’autre, dans un rapport de force pas très heureux. Par la suite, la pièce de Wiliam Burt travailla davantage sur le flux et reflux, ainsi que sur la spatialisation de sa diffusion, pour un résultat plus convaincant.

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Mats Erlandsson

Croisé sur un disque conjoint avec Yair Elazar Goltman publié il y a deux ans sur Miasmah, Mats Erlandsson s’installa ensuite au centre de la scène, derrière ses machines et son lecteur de cassettes. Un peu sec et minimal dans sa première approche, le jeune homme jouait une note très aigue et tenue, parsemée de quelques souffles saturés et d’autres éléments anxiogènes. L’occupation de l’espace se densifia ultérieurement, avec des grondements présents en permanence, des traits quasi-électriques et des nappes plus lumineuses, brillant d’une lumière noire qu’on associe bien au label suédois. Son air pénétré pris pendant tout son set se faisait aussi le reflet de ce positionnement stylistique, tout juste rompu par un petit sourire au moment des saluts.

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Okkyung Lee

Familière des scènes de musique improvisée, chroniquée sur ces pages pour un concert avec Jacques Demierre aux Instants Chavirés en 2013, Okkyung Lee était armée de son traditionnel violoncelle pour la présentation d’une pièce de vingt minutes résultant d’une commande du GRM. Mélange de sons préenregistrés, diffusés depuis la console par un technicien, et de notes issues de son instrument, ce morceau justifia la présence de la Coréenne à cette manifestation. Jouant de son violoncelle principalement par slides, très souvent dans les aigus, tout proche du chevalet, celle-ci agitait frénétiquement son archet pour produire sons et interventions atonales. Entre frottements sur les cordes étouffées et sons quasi-stridents, Okkyung Lee répondait impeccablement aux apports purement électroniques, tant et si bien qu’on éprouvait parfois des difficultés à identifier réellement leur provenance, sans que cette indétermination ne fût, en vérité, gênante ou désagréable.

Près de deux ans après l’avoir vu en concert en appartement, on retrouvait Low Jack sur scène, pour une prestation centrée sur les assistants personnels (Siri, Alexa, OK Google), dont les petites musiques de notification constituaient le matériau de base de sa proposition. Collages, beats parfois bien sourds et voix modélisée interagissant avec ces assistants numériques étaient ainsi convoqués, pour un ensemble qui parvint à dépasser tout juste l’anecdotique, notamment en raison de sa dimension narrative. De fait, le personnage correspondant à cette voix, après avoir (ab)usé de ces assistants, leur confiant toujours plus de tâches et de données personnelles, termina son parcours en quittant tous ces outils numériques et en lâchant « hey Siri, if you need me, I’ll be outside, in the real world ».

Second Suédois de ce plateau dominical, BJ Nilsen offrit au public, un peu moins nombreux que la veille, un set moins porté sur les field recordings qu’imaginé. En effet, notre connaissance et nos souvenirs de ses concerts, comme l’information que celui-ci serait focalisé sur les sons de l’exploitation minière, nous avaient laissé penser à quelque chose de très marqué, voire illustratif. À la place, nous reçûmes, jouée depuis la console, une demi-heure de pure ambient, avec un séquençage en trois phases, un peu artificiel car très voisines les unes des autres. L’agrégat se constituait des développements très lents et puissants, formés de souffles, bruits parasites, bruits d’eau qui tombe telle la pluie, grondements et fracas très lointains, coups sourds, enclenchements des machines, etc… Se sédimentant progressivement, comme les couches géologiques qui lui servirent de terrain d’expérimentation, ORE permit de conclure positivement ces deux jours de festival.

François Bousquet
le 29/03/2019

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