At The Still Point Of The Turning World

 chorégraphe

Renaud Herbin

 date

du 03/05/2019 au 05/05/2019

 salle

Carreau du Temple,
Paris

 appréciation
 tags

Carreau du Temple / Renaud Herbin

 liens

Carreau du Temple

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Après avoir déjà pas mal tourné, At The Still Point Of The Turning World se donnait pour trois représentations au Carreau du Temple, dans le cadre de la Biennale Internationale des Arts de la Marionnette. Mais la création de Renaud Herbin se situe bien au-delà du simple maniement de pantins, puisqu’elle intègre une danseuse et une musicienne jouant en live, dans un geste probablement plus proche de la danse contemporaine que du théâtre de poupées de chiffon.

Pourtant, c’est bien par la manipulation d’une marionnette anthropomorphique que le spectacle débute : tenue par quelques fils de nylon, actionnée par Renaud Herbin lui-même, le personnage va tomber à la renverse, comme pour préfigurer une forme de chute plus universaliste, mouvement que reprend ensuite Julie Nioche. De fait, c’est ensuite cette danseuse qui se trouve principalement en action, située à la lisière d’un grand ensemble de petits sacs, suspendus à des fils, eux-mêmes reliés à de grands cordages tirés par Herbin et Aitor Sanz Juanes. Tirant, à vue, sur ces cordages pour faire évoluer les petits sacs, les faire décoller plus ou moins du sol, les deux hommes se montrent impressionnants de maîtrise et de précision dans leurs gestes.

Ainsi, cet ensemble se fait tout d’abord vague, avec laquelle Julie Nioche dialogue chorégraphiquement, hésitant à entrer dedans, singeant ses mouvements ; il se fait ensuite séducteur, enlaçant la jeune femme ou la recouvrant telle une dune de sable ; plus loin, il se fait compagnon de jeu, avec lequel elle saute en rythme ; enfin, il se fera caverne sous laquelle elle s’allonge et s’abrite. Face à un tel corps vivant, capable d’ouvrir de telles interprétations, le spectateur, touché par la légèreté et la grâce du propos, en vient à se demander qui, de cette foule de petits sacs ou de la danseuse, serait l’équivalent de la marionnette du début.

Pour accompagner cette évolution, la musicienne Sir Alice se trouve côté cour, une cithare couchée devant elle, à côté de quelques pédales d’effets ; si ses instrumentaux s’avèrent pertinents, servant joliment le spectacle, les passages chantés, avec une voix trop forte, à la limite du cri, et des paroles répétées, se font moins intéressants. Passés les très beaux tableaux décrits précédemment, le dernier tiers d’At The Still Point Of The Turning World (extrait d’un vers de T.S. Eliot) voit revenir la marionnette à forme humaine du début, pour un pas de deux avec Julie Nioche qui se fait, paradoxalement, moins poétique, plus attendu peut-être, compte tenu de ce qui nous avait été montré auparavant.

François Bousquet
le 20/05/2019