Soirée Parazit : Merzbow / Karkowski / Discipline / MAZK / Strom-Varx vs K.Oz

 date du concert

13/05/2005

 salle

Nouveau Casino,
Paris

 tags

Discipline / K.Oz / MAZK / Merzbow / Nouveau Casino / Zbigniew Karkowski

 liens

Discipline
Merzbow
Nouveau Casino

Cela fait bien longtemps que l’on n’était pas allé à une soirée Parazit. Ce devait déjà être pour un petit événement, comme :Zoviet France : au Batofar il y a 3 ans. Ce soir c’est encore un événement qui nous fait aller au Nouveau Casino puisque la tête d’affiche est Merzbow, figure culte de la scène noise japonaise. Autre bonne raison de faire le déplacement, Discipline que l’on avait déjà apprécié il y a un peu plus d’un an lors du premier festival Octopus, et bien sûr Karkowski, toujours prêt à nous lessiver les oreilles. Nous sommes donc prêt nous aussi à affronter des murs et déflagrations sonores en tout genre.

Avec 5 lives entre 19h et 23h, il était clair que la soirée commencerait à l’heure, et nous faisions la queue avant 19h à l’entrée du Nouveau Casino afin de ne pas rater la prestation de Discipline qui jouerait certainement en premier. Ce fut bien le cas, avec un premier concert à 19h15. Un seul homme derrière un laptop, il s’agit bien de Discipline, soit le projet musical de Joseph Ghosn, un nom bien connu de la scène "indé" en général puisqu’il s’agit du fameux journaliste aux Inrockuptibles.
On l’avait déjà croisé quelques fois, mais c’est son dernier concert au festival Octopus qui nous avait particulièrement marqué. Il nous surprend ici en débutant son concert par un chant d’influence celtique qui peina à attirer l’attention d’un public venu pour des concerts bruitistes. Et puis petit à petit, des craquements de vinyle se font entendre, un souffle. La voix s’est éteinte et on aborde alors une superbe plage ambient-noise où les claquements rebondissent et esquissent un semblant de rythmique. A ce genre de musique, Discipline colle quelques voix, apparemment des extraits d’interviews, une musique évoquant un vieux film de science-fiction, de la musique contemporaine, un extrait de répétition de violoncelle, une boucle de piano mélodique et un texte poétique, jusqu’à l’arrivée de quelques riffs de guitare traités, saturés et plus franchement bruitistes. Il nous abandonnera avec une voix féminine, triste et poétique sur quelques notes en suspend, confirmant tout le bien que l’on pense de cet artiste.
On repartira avec deux albums, le premier paru chez Artefact en 2001 (The Second Annual Process of Discipline), le second récemment sorti sur le label libanais Those Kids Must Choke, au titre suggéré de Gospel.

On enchaîne, et on passera rapidement sur Strom-Varx vs K.Oz. On ne connaissait pas Strom-Vax, mais on a pu croiser K.Oz à quelques reprises, suffisamment souvent pour se rendre compte qu’il fait ce qu’il faut faire, quand il faut le faire, et là où il faut le faire : mixer de l’indus dans une soirée indus, de l’électro-expérimentale avant un concert de Pan Sonic, et donc ce soir de la noise. A partir de là, chacun en conclue ce qu’il veut, mais en ce qui nous concerne, on reste perplexe et méfiant. Leur live-mix débute calmement avec superposition de drone, grosses basses, souffles et bruits, puis quelques éléments de musique concrète, quelques jolis passages où une boucle mélodique peine à trouver son chemin, et le fatidique final bruitiste, certes réussi mais attendu depuis le début et se prolongeant plus que de raison pour arriver à un set d’une heure.

Toujours pas de pause : tout le matériel est prêt, les artistes précédents quittent la scène, et Zbigniew Karkowski prend place derrière son laptop. Nos oreilles se souviennent encore de son concert aux Instants Chavirés avec Jérôme Noetinger. On vérifie que nos bouchons sont bien en place avant qu’il ne commence à jouer et c’est parti pour 30mn de bruit... et de quasi silence. En effet Karkowski nous l’a joué farceur-provocateur. Sa musique bruitiste joue presque sur l’épure, avec principalement de gros souffles colorés faisant souvent penser au passage d’un avion à réaction. Variations sur ces textures, effets de glissandos, quelques cassures, superposition pour enrichir le son, pendant que l’artiste jette son regard dans le public, comme pour étudier notre réaction, avec peut-être l’air un peu déçu de ne pas nous voir fuir... Et puis au bout d’une vingtaine de minute, le volume diminue jusqu’au quasi silence. Tout le monde applaudit, croyant le concert terminé, mais Karkowski revient avec son bouquet final : volume à fond, un son plus aride, plus agressif, surprenant tout le monde. Il baisse de nouveau le volume, cette fois c’est fini, il revêt son blouson, et le public applaudit de nouveau. C’est alors que Karkowski engueule le public en lui reprochant de ne pas écouter. En effet, la musique continue en un léger souffle ambient, mais il nous a tous rendu sourd donc forcément... Des spectateurs commencent à insulter l’artiste qui obtiendra tout de même le silence le temps que son concert finisse, tandis que K.Oz viendra papoter avec lui, main sur l’épaule.
Attitude globalement un peu moyenne, mais excellent concert.

C’est enfin au tour de Merzbow, soit le japonais Masami Akita. Peut-être est-ce le statut de figure culte de cet artiste qui mettait notre attente à un si haut niveau, mais toujours est-il que nous fûmes un peu déçu.
Jolie et courte intro de nappes de laptop métallique, crépitements, et très vite une rythmique basée sur des déchirements électroniques et percussions industrielles, le tout envahi d’arides textures bruitistes. Quand ces constructions rythmiques basées sur des bruits (un peu à la manière de Pan Sonic) s’estompent, c’est pour laisser place à des basses répétitives et rebondies, soit une structure minimale et dansante telle qu’on la trouvait par exemple chez LFO. Bien sûr ici tout est toujours envahi, noyé par une tempête, une tornade bruitiste finalement un peu lassante et le final tant attendu viendra réveiller tout le monde : plus riche, plus fracturé, plus cassant, plus coloré, avec de brusques changements de niveau, des glissements, ponctué de quelques pulsations de basses.
On a vu, on a entendu, on a survécu, pas sûr qu’on n’y revienne un jour.

Pour conclure avec toujours plus de bruit, on avait droit à MAZK, soit les initiales de Masami Akita et Zbigniew Karkowski. Ce dernier arrive tout de suite sur scène, rallume son laptop, et les deux hommes se lancent dans une sorte de duel bruitiste. C’est à celui qui en fera le plus, et comme dans l’école des fans, on donnera un 10 à tout le monde étant donné qu’il est impossible de les départager. Un set dans la lignée du final de Merzbow, donc extrêmement dur et bruyant, fracturé, mais au sein duquel passeront de temps en temps quelques avions à réaction. Karkowski fait une pause pendant quelques minutes, tournant l’écran de son ordinateur vers le public, avant de revenir pour un très beau final, un peu comme si ce bruit était un dernier soupir.
Un concert de moins de 10 minutes qui en laissera quelques une sur leur fin, mais les meilleures choses ont une fin !!

Fabrice ALLARD
le 14/05/2005

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