Quinzaine des Réalisateurs 2019 - Reprise de la sélection

 date

du 30/05/2019 au 09/06/2019

 salle

Forum des Images,
Paris

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Avec le départ d’Édouard Waintrop et l’arrivée, aux commandes de la Quinzaine des Réalisateurs, de Paolo Moretti (connu pour avoir été à la tête, notamment, du festival de La Roche-sur-Yon), on pouvait guetter les quelques modifications dans la sélection de cette section parallèle. Avec son léger tropisme porté sur l’Europe du Nord et des Balkans (quatre films), le choix du Délégué Général était aussi de privilégier les découvertes et cinéastes peu exposés (hormis les Français, seuls Lav Diaz et Takashi Miike étaient vraiment identifiés d’un public plus large que les cinéphiles endurcis). Avec une augmentation substantielle du nombre de longs-métrages retenus (25 contre un maximum de 20 ces dernières années), la possibilité d’y trouver des réussites était mécaniquement accrue et, d’ailleurs, le niveau d’ensemble fut plutôt salué par la critique, après trois dernières éditions un peu décevantes. Au sein des films bien accueillis, on trouvait plusieurs propositions françaises, ce qui nous conduisit à aller en voir quatre, lors de la traditionnelle décade de reprise programmée par le Forum des Images.

Positionné en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs, Le Daim constitua notre première rencontre avec le cinéma de Quentin Dupieux puisque, marqués par une forme de préjugé, nous n’avions jamais été attirés, a priori, par le style absurde du réalisateur de Steak, Rubber ou Au Poste !. Cette volonté d’aller, très rapidement, vers quelque chose de saugrenu connaît donc ici une nouvelle déclinaison quand Georges commence à dialoguer avec son blouson de daim, récemment acheté à prix d’or auprès d’un particulier. Balançant entre nonsense et comédie horrifique, Le Daim tient évidemment beaucoup sur la personnalité de Jean Dujardin, mais développe également un propos, non neutre, sur la figure du cinéaste. S’improvisant comme tel, Georges construit, en effet, son film comme on pourrait avoir l’impression que Quentin Dupieux construit le sien, sans être tout à fait certain d’où il va, mais emballé par son point de départ narratif et faisant confiance à l’irrationalité de la situation pour générer burlesque et drôlerie.

Un rien tautologique, la présentation d’Une Fille Facile à la Quinzaine des Réalisateurs a permis de retrouver, sur l’écran comme à l’extérieur, la ville de Cannes, ses plages, les yachts mouillant au port et les jeunes filles rêvant à leur contact. Alors que l’année scolaire se termine, Naïma, 16 ans, voit sa cousine Sofia, 22 ans, la rejoindre pour les vacances ; ouverte à plusieurs propositions, cette dernière va entraîner sa cadette dans un jeu de séduction où les sentiments laissent place à des rapports fondés sur la domination plastique. Naturellement, Sofia (jouée par l’ex-escort girl Zahia Dehar) se trouve vite piégée par sa propre image et son propre système, tandis que le spectateur s’interroge sur le regard porté par Rebecca Zlotowski sur ce monde de riches et sur son interprète principale : ironie, fascination pour ce qui n’est pas de son milieu (social ou culturel), position d’entomologiste ?

Avec des procédés comme une fermeture à l’iris sur les deux jeunes femmes marchant, de dos, sur la Croisette, renvoi à l’œilleton du paparazzi, le film travaille évidemment autour de la persona de Zahia Dehar et, comme Le Daim avec Jean Dujardin, fonctionne aussi car l’interprète principal charrie avec elle, ou lui, tout un tas de projections ou de fantasmes qui se surajoutent à ce qu’elle ou lui donne sur l’écran. Difficile, ainsi, d’appréhender ces deux longs-métrages en occultant cette dimension ; plus encore, naît le sentiment que, dans les deux cas, les films seraient certainement moins réussis avec d’autres intervenants. Y aurait-il là une limite à ces deux réalisations ? Peut-être…

Après le mal reçu Nocturama, Bertrand Bonello a laissé passer un peu de temps avant de forger, en un an tout pile, son nouveau long-métrage. Partagé entre Haïti en 1962 (où un homme, sorti de son cercueil, se trouve réduit à l’esclavage) et Saint-Denis de nos jours (quand Melissa, adolescente haïtienne, évolue au sein du pensionnat de la Légion d’Honneur en classe de seconde), Zombi Child faisait partie de ces réalisations qui, cette année à Cannes, convoquèrent la figure du zombie. Alors que l’alternance entre les deux espaces-temps se fait trop répétitive et que, plus généralement, le film souffre d’un vrai problème de rythme, Bonello essaie de rejouer la traditionnelle partition du mort-vivant comme métaphore politique d’une société à la dérive, hagarde et déboussolée.

Tandis que les jeunes filles d’une sororité accueillant Mélissa passent leur temps libre sur leur portable ou dans des projections amoureuses sans lendemain, les rites vaudous se déroulent de l’autre côté de l’Atlantique, perpétuations de traditions ancestrales. Assurément, Bertrand Bonello sait filmer un gynécée (souvenons-nous de L’Apollonide : Souvenirs de la maison close) et la légèreté de son tournage est à mettre à son crédit ; pour autant, le lien entre les deux récits parallèles tarde trop à se faire et, quand il advient, il se fait de manière un peu bousculée et moins probante que ne l’avaient été les segments séparés.

Encore plus ouvertement politique, Alice et le Maire permet à Nicolas Pariser de poursuivre son auscultation du corps institutionnel et politique français. Alice, diplômée en philosophie, est ainsi appelée au cabinet du maire de Lyon qui, après de longues années de mandat, semble avoir perdu flamme et idées, que la jeune femme est censée lui faire retrouver. Connaissant bien, pour des raisons professionnelles, le fonctionnement interne d’une mairie, on trouva le trait à peine forcé dans la première partie du film, où l’on suit Alice dans sa découverte de ce qui apparaît comme une ruche. Ayant rapidement l’oreille du maire, celle-ci va alors prendre encore plus de responsabilités et donc, assez classiquement, faire des envieux et susciter des jalousies.

Hésitant un peu entre la description amusée à la Quai d’Orsay et la réflexion plus poussée sur la lassitude du pouvoir, le long-métrage finit par trouver son positionnement et connaît ses meilleurs moments dans les dialogues entre Anaïs Demoustier et Fabrice Luchini. Si les narrations secondaires (avec un ancien ami d’Alice, ou avec un imprimeur lyonnais) n’apportent pas grand-chose, le chemin fait entre les deux personnages principaux, les débats sur ce que peut encore la politique, et singulièrement la gauche, et le jeu des comédiens permettent d’en faire un film tout à fait convaincant.

Pour ne pas s’en tenir à des films français, petit tour, pour terminer notre mini-panorama, par Por El Dinero, l’un des deux seuls films argentins présents cette année à Cannes (toutes sections confondues), ce qui traduit la moindre visibilité de cette cinématographie, tellement louée il y a une quinzaine d’années. Centré sur une troupe de théâtre activiste, le film d’Alejo Moguillansky et Luciana Acuña voit quatre comédiens passer des salles underground de Buenos Aires au festival de théâtre de Cali, pendant que chacun continue d’exercer une activité parallèle, pour subvenir à ses besoins.

Sur l’éternel sujet de la compromission des artistes par l’argent, les réalisateurs (qui interprètent, comme leurs deux compères, leurs propres rôles) ne séparent jamais le fond de la forme, avec tous les avantages et inconvénients induits : caractère décousu et foutraque de la pièce qu’ils jouent comme du film sous nos yeux, aspect work in progress de leurs créations, superposition d’images comme leurs activités se superposent, etc… Avec un abus de fondus enchaînés et une voix off, soulignant l’action, trop explicative ou, au contraire, trop précieuse dans sa poésie surchargée, Por El Dinero relève alors probablement davantage du geste militant, vite troussé, emballant par son dynamisme et destiné à un impact immédiat, que d’une œuvre plus posée et maturée.

Autres reprises de la Quinzaine des Réalisateurs :
- juin 2019 : France Odéon - Florence
- du 1er au 7 juillet 2019 : Cinematek – Bruxelles
- septembre 2019 : dans des salles de cinéma adhérentes au Groupement National des Cinémas de Recherche

Dates de sortie :
-  Zombi Child : 12 juin 2019
-  Le Daim :19 juin 2019
-  Une Fille Facile : 28 août 2019
-  Alice et le Maire : 2 octobre 2019

François Bousquet
le 10/06/2019

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