Festival Villette Sonique 2019 : Kelly Moran / Mondkopf / Tim Hecker

 date du concert

06/06/2019

 salle

Cabaret Sauvage,
Paris

 tags

Cabaret Sauvage / Mondkopf / Tim Hecker

 liens

Tim Hecker
Cabaret Sauvage
Mondkopf

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Avec une équipe de programmation renouvelée, Villette Sonique affichait encore un plateau intéressant cette année, revigoré par la présence de plusieurs manifestations « off », tenues dans d’autres espaces du Parc (Petite Halle, Folie Numérique, Villette Makers) pour des concerts d’artistes suivis ici (:such :, Méryll Ampe, Tomoko Sauvage). Pour la programmation « in », le retour de Stereolab constituait certainement l’acmé de cette édition, tandis que la présence de Julia Holter, Efrim Manuel Menuck (le leader de Godspeed You ! Black Emperor) et d’autres noms pas encore connus de nos pages pouvait nous séduire. Pour des raisons de disponibilité, nous nous concentrâmes pourtant uniquement sur la première soirée de la manifestation parisienne, tenue dans l’espace bien rempli du Cabaret Sauvage.

Kelly Moran

Pour ouvrir les débats, le festival avait convié Kelly Moran, autrice d’un album publié sur Warp à l’automne dernier. Suivant moins qu’à une période les parutions du label anglais, nous n’avions pas écouté ce disque avant d’apprendre la participation de la New-Yorkaise à Villette Sonique. Plutôt intéressé par ce qui est en réalité son troisième album (après deux sorties hors-Warp), on était en attente d’une confirmation scénique que les trois premiers morceaux de son set amorcèrent. Postée devant un clavier, un laptop à ses côtés, la jeune femme ondoyait et jouait frénétiquement du premier, l’ayant réglé pour produire des sonorités entre piano préparé et clavecin ou épinette. La tonalité métallique qui en résulte peut se faire un peu aquatique par moments, plus dure à d’autres, et se trouve croisée avec des nappes pour un résultat probant.

Malheureusement, son set fut rendu très compliqué par de gros problèmes techniques, liés apparemment à une connectique défaillante, provoquant de forts crachotements lors des interactions clavier-ordinateur. Après s’être arrêtée à trois reprises pour redémarrer son laptop, avoir quitté la scène pendant plusieurs minutes, laissé tomber les vidéos projetées dans son dos, Kelly Moran reprit pourtant, pour deux derniers titres, le fil d’un concert dont l’appréhension fut évidemment difficile puisqu’amputé d’un bon tiers.

Mondkopf

Vêtu d’une chemise blanche, Mondkopf enchaîna rapidement, afin de rattraper le retard pris par les soucis de Kelly Moran. Délivrant une ambient un peu sombre et dense, avec pulsations sourdes et lointaines, le Français marqua par sa capacité à la faire évoluer d’un morceau à l’autre. De fait, si les nappes opaques demeuraient, apparaissaient d’autres éléments : saturation, rythmiques plus marquées, vocalises faites en direct par Paul Régimbeau, pulsations plus rapprochées ou poussées sonores. Avec le temps, son set vira à une forme de techno qui n’emporta pas forcément le public (peu de mouvements parmi les spectateurs debout dans la fosse) mais qui provoqua néanmoins quelques sensations par sa puissance de volume et les mouvements du jeune homme, se penchant en arrière comme s’il allait basculer. Pour servir cette convaincante prestation, Mondkopf eut, en outre, le bon goût d’offrir des vidéos de vues de plusieurs contrées, dont des paysages islandais typiques (cascades, champs de fumeroles, volcans sous-glaciaires, roches basaltiques) qui, note toute personnelle, nous remémorèrent un récent voyage.

Par coïncidence, Mondkopf se trouvait programmé le même soir que Tim Hecker, soit un schéma identique à celui relaté sur ces pages lors du Bozar Electronic Arts Festival 2014. Depuis, l’un et l’autre ont fait du chemin et, pour le Canadien, après un crochet sur 4AD, son retour sur Kranky a été l’occasion de se faire accompagner par des musiciens japonais d’un ensemble Gagaku, composé d’instruments ancestraux. Un premier album avait paru, dans cette disposition en septembre dernier, et un nouveau vient d’être publié, sur lequel nous reviendrons prochainement. Lors de notre recension de Konoyo, nous indiquions attendre une traduction live pour se faire une réelle opinion de cette collaboration, les uns et les autres ayant un peu de mal à trouver leurs marques sur disque. Celle-ci venue, nous ne fûmes pas vraiment séduits, principalement à cause d’un agencement scénique et musical qui rendit monotone l’ensemble.

Tim Hecker & Konoyo Ensemble

En effet, la forte saturation de l’espace sonore, par la conjonction des textures et des instruments, relayait la saturation de l’espace scénique, baigné de fumées et de lumière bleue ou rouge, qui rendaient difficilement perceptibles les silhouettes des trois musiciens (Tim Hecker était assis, derrière ses machines, côté jardin, pendant que les deux Japonais occupaient le centre de l’espace). Soufflant dans leurs instruments ou bien frappant sur des gongs, les deux collaborateurs voyaient leurs sons être triturés par le Canadien qui créait, par ailleurs, des matériaux plutôt stridents et perçants, à peine rendus moins abrasifs par les instruments. Avec des mouvements en flux et reflux comme mécanisme majoritaire, la prestation permit toutefois de déceler ici ou là des tensions intéressantes ou des accointances inattendues, tel cet hichiriki qui sonnait comme des vocalises féminines. Au total, notre sentiment fut assez voisin de celui éprouvé après le concert de Tim Hecker donné à Nantes en 2016, soit quelque chose d’enveloppant mais qui manque de variété, impression qui nous fera probablement hésiter la prochaine fois que le musicien passera à proximité.

François Bousquet
le 12/06/2019

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