Sachiko M / Xavier Charles + Axel Dörner + John Butcher

 date du concert

07/06/2005

 salle

Instants Chavirés,
Montreuil

 tags

Axel Dörner / Instants Chavirés / John Butcher / Sachiko M. / Xavier Charles

 liens

Axel Dörner
Instants Chavirés
John Butcher

Une affiche a priori surprenante avec un trio d’improvisateurs aux cuivres d’une part, et Sachiko M d’autre part avec son habituel sampler sans sample. En y regardant de plus près, cette affiche trouve une certaine logique avec deux sets d’improvisateurs, acoustique pour les uns, électronique pour l’autre, tout se petit monde devant se retrouver ensemble dans une troisième partie.

Esthétique radicale du son comme abstraction pure. Il n’y a pas d’autres formulations possibles pour tenter de mettre en mots le travail de Sachiko Matsaru. Improvisatrice, créatrice d’accidents sonores, elle collabore notamment avec Otomo Yoshihide, à travers Ground Zero, Filament ou ISO, Toshimaru Nakamura, Andrea Neumann, Keith Rowe ou encore Werner Dafeldecker.
Immobile et impassible, la musicienne japonaise s’efface complètement derrière la capacité des technologies à produire un son, sans l’humain. Elle extirpe des machines, dans un dispositif de « sampler sans sample », des sifflements d’une rare poésie, qui construisent autour de nos corps une spatialisation libre et un dispositif d’écoute au sein duquel les oreilles se promènent, domptant le larsen au gré des oscillations de crâne, ou pas.
Sachiko M est en quête d’épure sonore maximale, et inonde les Instants d’un son atonal insistant qu’elle sculpte par modulations infimes, paliers imperceptibles, jouant sur le presque rien et l’infiniment étroit. Le long sifflement persiste peut-être une demi-heure, ou une heure, mais qu’importe puisque nous sommes déjà hors du temps fragmenté, tant la grâce de la matière sonore s’épanouit jusqu’à devenir comme un silence paisible. Les bruits de la salle - couinements de chaises, cigarettes qui se consument, soupirs impatients - existent dans cette configuration autant que le son de Sachiko : il ne s’agit plus d’un concert mais d’un recueillement quasi extatique autour d’un son à l’origine indéterminable, insécable, insituable dans son commencement ou son achèvement. Sans mouvement, sans cadence, sans tension.
On pourrait être dans l’ultra minimalisme, dans la noise, l’anti-musique et l’anti-art. Mais la sonorité est tellement déconnectée de l’extérieur, aussi dans son autosuffisance, qu’il ne peut être question d’une déconstruction. Simplement d’isolement extrême.

Le temps de reprendre nos esprits, de trouver une petite place dans une salle plutôt bien remplie, et voici les trois hommes qui prennent place. De gauche à droite Xavier Charles à la clarinette, Axel Dörner à la trompette, et John Butcher au saxophone. Chacun y va de son souffle léger pour démarrer en douceur, et puis très vite les instruments ne produisent plus du tout les sons qu’ils sont sensé créer. Bouillonnements grave, sifflements stridents, chuintements, souffles forment en ensemble cohérent, un dialogue presque animal. La variété des sonorités produites est étonnante. On a parfois l’impression qu’un son est joué à l’envers, on entend des claquements dignes de percussions, et chacun module son jeu à sa manière, soufflant ailleurs que dans l’embouchure de son instrument pour Xavier Charles, ou utilisant toute une batterie de sourdines pour Axel Dörner.
On passe d’une plage ambient à une course de Formule 1, sans oublier le passage bucolique avec bruitages d’animaux. Les musiciens ont l’air habitués à jouer ensemble, leur dialogue semble couler de source, ils ne donnent même pas l’air de se consulter dans les passages les plus inattendus, comme lorsqu’ils s’arrêtent net tous ensemble. A se demander si l’on est encore ici dans l’improvisation...
Un concert d’environ 40 minutes, mais les 10 dernières nous parurent être de trop, comme ajoutées à une pièce par ailleurs parfaitement construite, mais peut-être est-ce nous qui finissions pas nous lasser en fin de parcours, malgré un concert par ailleurs éblouissant.

On ne restera d’ailleurs pas pour la troisième partie réunissant tous les artistes, mais le mélange électronique et acoustique aurait certainement pu donner quelque chose d’intéressant, avec Sachiko M qui aurait peut être produit alors une musique plus contrastée afin de répondre au jeu des trois musiciens.

Fabrice ALLARD, Léa Lescure
le 12/06/2005

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