Japanese Performers : Toshimaru Nakamura / Guilty Connector / SatanicPornoCultShop

 date du concert

06/06/2006

 salle

Cité de la Musique,
Paris

 tags

Cité de la Musique / Guilty Connector / SatanicPornoCultShop / Toshimaru Nakamura

 liens

Toshimaru Nakamura
Guilty Connector
SatanicPornoCultShop
Cité de la Musique

En ce mois de juin, la cité de la musique nous propose une petite série de concerts d’artistes japonais, avec une soirée sous le signe du jazz le 15, une autre sur la culture pop le 17, et pour cette première date, les expériences-limites, que ce soit en terme de quête du silence pour Toshimaru Nakamura, du bruit pour Guilty Connector, ou de cut-up intensifs pour SatanicPornoCultShop.

Après avoir traversé la librairie, puis l’exposition John Lennon, on arrive à l’entrée de l’amphithéâtre où l’on nous distribue des bouchons d’oreille en vue de la performance de Guilty Connector. Nous sommes donc prévenus.
C’est logiquement le plus calme qui débute la soirée, soit Toshimaru Nakamura que nous avions déjà pu voir dans le même registre aussi bien en solo qu’avec Sachiko M, elle aussi adepte d’un certain minimalisme avec son sampler sans samples. Autant la démarche, parce qu’extrême, nous emballe, autant on a du mal avec le résultat et cette prestation n’échappe pas à la règle. Tout démarre à merveille : souffles et crépitements, apparition d’une tonalité linéaire, et bientôt arrêt cut-up du souffle laissant l’auditeur dans un immense vide. La construction est parfaite, presque millimétrée, et pose l’ambiance, un peu inquiétante. Par la suite, cette rigueur des constructions s’estompe, et on a plus l’impression de voir défiler un catalogue de sonorités plus expérimentales les unes que les autres, avec en tête la classique batterie de sifflements stridents. Par dessus quelques bruits, crachotements, ou ébauches rythmiques.
Le soufflé retombe donc assez vite quand on pense que l’intérêt de cette musique va de pair avec un certain minimalisme, auquel on ajoutera une diffusion à un niveau sonore trop élevé, le piège propre à cette musique. Cette quête du silence proposée à ce niveau sonore n’avait plus guère d’intérêt, annihilant toute subtilité.
On repartira tout de même avec deux albums de Nakamura, restant convaincu du bien fondé de la démarche mais sceptique quant à la version live.

On enchaîne avec Guilty Connector que l’on découvrait seulement quelques jours auparavant puisque vient de sortir sont dernier album, Beats, Noise, and Life chez Planet Mu. Dans le registre noise, Guilty Connector sort aisément du lot car sa musique va bien au delà de la texture bruitiste, jouant également de field recordings et de drones. En live, il se produit avec son Shibaki Electronics, fait de plaques de métal auxquelles il donne de gros coups de poings ou chaînes. L’électronique prend le relais, produisant de longs larsens résonants, par définition fragiles, comme des notes tenues, presque des nappes (certes grinçantes) provoquées par une percussion. Moments de tension et d’angoisse quand un drone menace au second plan, un sifflement qui ondule. Les déferlantes sonores se faufilent entre les percussions, comme un souffle strident qui prend les larsens sous son aile, le son est certes bruitiste mais surtout agressif rendant l’écoute certainement difficile sans bouchons quoi que... on se demandera si la diffusion n’était pas faite ici à un niveau inférieur à Toshimaru Nakamura parce qu’en terme de bruitisme, on a déjà vu "pire".
Cela dit, que ce soit au niveau de la construction du set ou des sonorités produites, le concert était parfait, quoiqu’un peu court. En effet, on aurait bien aimé apprécier la musique de Guilty Connector sur un peu plus que les 13 minutes ici proposées...

Dernier concert ensuite avec SatanicPornoCultShop, dans un style plutôt inclassable. L’extrême se situe ici au niveau du concassage et zapping incessant, sur une base à cheval entre pop et hip-hop. Inclassable également au niveau de la forme puisque le groupe composé d’un platiniste, laptopeur, batteur, guitariste, clavieriste et une chanteuse/laptopeuse arrive sur scène complètement déguisé et presque tous affublés de masques fait maison à partir d’objet de récup’, ustensiles de cuisines, vêtements détournés. La chanteuse un peu plus sobre reprend le classique costume de geisha.
Après un départ avec human-beatbox, le groupe embraye sur une reprise un peu secouée du Comment te dire adieu de Françoise Hardy. Les morceaux s’enchaînent, le guitariste joue au MC, et l’aspect syncopé, haché et clairement melting-pop de la musique prend toute son ampleur. Le hachage contribue à créer un tempo hip-hop, et le chant sur cette première partie de concert répond parfaitement au genre. Après quelques titres on sature devant cette déferlante de bruitages, cet amoncellement sonore que l’on a du mal à suivre. Tous les quarts d’heure, une sorte de pause nous est offerte avec un méga-tube pop comme le Porque te vas de Jeanette, ou une ballade avec un jeu très classique de guitare et clavier.
Dans la deuxième moitié du concert les penchants hip-hop du groupe sont un peu abandonnés au profit d’une musique plus pop. Le groupe interprète des morceaux indépendants entre lesquels le public peut applaudir, la densité des cut-up est moindre ou ceux-ci sont même remplacés par des bidouillages électroniques épars, le chant est plus régulièrement assuré par la chanteuse plutôt que par les guitariste et batteur-MC, les mélodies plus faciles à appréhender. Le résultat reste toujours très coloré, on flirte avec le reggae, et on trouve des influences de musiques asiatiques sur le dernier titre pendant lequel chacun, à tour de rôle, quitte la scène. Forcément après ce genre de final le public réclame un rappel et sera magnifiquement servi avec un enchaînement de deux titres dont une version phénoménale du I Was Made For Loving You de Kiss.
On gardera donc une impression mitigée de ce concert, vraiment découpé en deux parties très différentes, mais globalement une bonne impression de cette soirée à l’affiche éclectique mais cohérente.

Fabrice ALLARD
le 18/06/2006

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