Siestes Electroniques 2006 : Midaircondo / Legowelt / Krikor / Humanleft

 date du concert

02/07/2006

 salle

Jardin Raymond VI,
Toulouse

 tags

Festival des Siestes Electroniques 2006 / Humanleft / Jardin Raymond VI / Krikor / Legowelt / Midaircondo

 liens

Krikor
Midaircondo
Festival des Siestes Electroniques 2006
Legowelt

Nous voici donc dimanche pour cette deuxième journée de siestes en attendant la suite du week-end prochain. Pour nous ça s’arrêtera là avec une affiche un peu plus "rentre-dedans". Principalement motivé par Midaircondo dont nous avions déjà chroniqué l’album, et Legowelt de réputation, on se disait que ce serait l’occasion de découvrir Krikor et Humanleft qui ouvrait les festivités sous un ciel toujours caniculaire et un public venu en nombre.

Humanleft donc, débute par quelques jolies nappes électroniques mais très vite les rythmiques prennent le dessus, percutantes, fermes, carrées, limite binaires aussi. Aspect gentiment syncopé, ajout de vocaux subissant le même traitement révélant des influences hip-hop. La formule souffre d’un manque cruel d’originalité, la musique se déroule toute seule et pourrait durer ainsi pendant des heures sans qu’on la remarque, si ce n’est par énervement.
Bon, il est vrai que la musique de Humanleft est relativement efficace et pourra faire battre du pied nonchalamment. On notera enfin un renouvellement quand la rythmique sera composée de bruitages buccaux façon human beatbox, mais c’est trop peu, et vide de sens. On n’accordera de l’intérêt à ce set que lorsque des mélodies s’immisceront pour un virage certes plus classiquement electronica, mais aussi mieux mené : rythmiques plus complexes, joli travail sur les sonorités mélodiques. Mais il est trop tard pour nous convaincre et on restera déçu par ce set.

On passe ensuite au trio suédois Midaircondo, principale raison de notre présence aujourd’hui puisque nous avions déjà parlé de leur album paru chez Type. Trois jeunes femmes pour une formation électro-acoustique mêlant saxophone, flûte, marimba et diverses percussions aux désormais traditionnels laptops. Elles font très sages avec leurs robes aux couleurs printanières, faisant penser à des élèves studieuses. Les choses se mettent lentement en place avec des mélodies cotonneuses de cuivres pour une ambiance alanguie. Aucune recherche d’efficacité, on reste dans une relative abstraction, un flottement que des souffles sortis d’un laptop ne font que confirmer. Et puis ce sont leurs voix qui viennent s’ajouter, dans la même tonalité. A vrai dire, après ce premier morceau, on est un peu inquiet, on a peur de vite s’ennuyer.
Mais rien de tout ça. En fin de morceau apparaît le marimba pour gagner en finesse et précision, puis une boucle rythmique électro-métallique sert d’ouverture au titre suivant, divers bruitages et samples sont lancés de façon abstraite, tintements de clochettes, objets qui tombent, marimba, toux, pour se rapprocher d’une electronica mélodique, tout en gardant un petit côté pop avec le chant, et flirter avec l’ambient avec de graves nappes et un final mélancolique.
Le concert alterne ainsi entre flottements gentiment expérimentaux ou douceurs cotonneuses et sublimes pièces pop-electronica sophistiquées. Il est d’ailleurs souvent amusant de les voir produire cette musique en live, samplant et créant leurs boucles en direct, que ce soit avec le marimba qui passe de l’une à l’autre, un sac plastique froissé, des mini-cymbales, un dictaphone diffusant en accéléré à la manière de Aki Onda, ou une balle qui rebondit dans une timbale métallique. Un peu plus tard on retrouve Shostakovich dont une boucle de piano est samplée et sert de base à Serenade.
Globalement un très bon concert, quelque part entre post-pop et electronica, et une des bonnes découvertes de ce festival.

Krikor ensuite, un nom qui hante la scène parisienne et que l’on n’avait pourtant jamais vu en live. On se dit que ce n’est pas un hasard, que si on ne l’a pas vu c’est que ce n’est pas notre tasse de thé, et on se prépare ainsi à la déception.
Il se trouve qu’on a tout bon. En fait on pensera tout de suite à Humanleft. Le but de la musique de Krikor est le même, faire danser. Toutes les bonnes idées sont audibles dans les cinq premières minutes et ça ne sert à rien de continuer. En effet on a d’abord droit à une savante construction rythmique faite d’un concassage de sonorités diverses. On pourrait penser à une alternative expérimentale de ce que fait Humanleft, un peu comme Sutekh se joue de la house, mais très vite la densité du concassage diminue, les rythmiques prennent le dessus et leur efficacité devient la priorité : toujours plus fort, plus dur, des breaks prévisibles, bref, tous les clichés du genre sont là, Krikor joue la facilité et le public rentre dans son jeu.

Avec Legowelt en guise de conclusion, on s’attendait a une sorte de DMX Krew. En fait en live le ton est un peu différent. Le but est pour ainsi dire le même que Humanleft et Krikor. Legowelt fait danser, mais il le fait bien.
A vrai dire on a un peu peur au début avec des rythmiques très "rentre dedans", une certaine linéarité, même si le minimalisme auquel il s’accroche fait plaisir à voir. Et puis petit à petit les sonorités rétros qui font sa réputation apparaissent : gouttelettes électroniques, arpèges mélodiques transposées à l’infini, il est vrai que ce n’est pas plus complexe que ce que fait Krikor, au contraire même, mais Legowelt introduit là une certaine poésie, une certaine grâce sur des rythmiques presque sauvages, et des changements de tempo qui font que jamais sa musique ne lasse.
C’est parfois un peu binaire (duo percu/basse), mais c’est avec un certain plaisir que l’on revisite les musiques électroniques de danse des années 80 à 90, avec un passage franchement acid, quelques élans trance, avec régulièrement ces classiques roulement de caisse claire qui relancent la machine juste quand il faut.
A vrai dire, on pourrait se demander pourquoi on aime Legowelt et pas Krikor ou Humanleft. Les mélodies en plus, discrètes mais toujours efficaces, un travail soigné sur les sonorités mélodiques (déformation des sons), mais certainement avant tout parce qu’il ne donne jamais l’impression de jouer la facilité, ou de faire son set "par dessus la jambe". Tout est question de dosage et Legowelt n’a rien à apprendre à ce niveau. Excellent set pour conclure ce week-end toulousain.

Fabrice ALLARD
le 07/07/2006

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