Festival Ardentes 2006 : Nits / Modeselektor / Young Gods

 date du concert

du 07/07/2006 au 09/07/2006

 salle

Parc Astrid,
Liège

 tags

CocoRosie / Festival Les Ardentes 2006 / Juan Atkins / Modeselektor / Parc Astrid / Sven Väth / The Nits / Young Gods

 liens

CocoRosie
Modeselektor
Young Gods
The Nits
Festival Les Ardentes 2006
Sven Väth

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A côté des nombreux festivals estivaux traditionnels qui égayent chacun des week-ends en cette période, un petit nouveau faisait son apparition cette année. Et, pour une fois, c’est la ville de Liège qui se voyait mise à l’honneur puisque les Ardentes, du surnom accolé à la cité hôte, furent mises sur pied par, notamment, l’équipe de l’association Rockomotive, responsable depuis plus de 10 ans des concerts programmés à l’Escalier et à la Soundstation. Les organisateurs parvinrent à fédérer les énergies bénévoles et à convaincre mécènes et partenaires publics, le festival étant d’évidence largement subsidié. Organisation efficace (malgré une société de sécurité un peu trop présente et aux exigences parfois farfelues), horaires respectés, bonne qualité sonore dépourvue d’excès : les conditions sont réunies pour vivre, en compagnie des nombreux régionaux friands de ce genre d’événements, 3 jours musicaux bien sympathiques. De quoi faire un peu oublier le regrettable refus de la ville d’accueillir cette année la City Parade, exilée à Charleroi.

Faisons un petit tour d’horizon des prestations marquantes qui s’y déroulèrent, en commençant par les incontournables Modeselektor, dont l’on a déjà eu l’occasion de dire dans ces pages l’enthousiasme ébouriffant qu’ils peuvent susciter en live. Le duo berlinois succédait au hip-hop festif de TTC, dont il intègre certains éléments (les deux formations ont au demeurant collaboré sur l’un des titres de l’excellent Hello Mom !, premier album de Modeselektor, et un duo était au programme de leur set du jour). En dépit d’un relatif manque d’affluence en ce début de soirée de vendredi, les Allemands sont parvenus sans problème à dynamiser l’assistance avec leurs bombes électro-acid-hip-hop, synthétisant de la manière la plus pétillante et enjouée qui soit ce que l’électronique à la fois festive et mélodique a pu mettre sur leur chemin. Semblable à leur set de février dernier à Eindhoven, la prestation en rafales intenses et en explosions délicates de ce soir a semblé mettre tout le monde d’accord.

Le vétéran Sven Väth prit ensuite place sur la main stage pour un mix qui s’avéra agréable, par moments percutant, à d’autres plus anodin. Les meilleurs passages nous replongèrent avec bonheur dans l’intelligent-trance allemande de la première moitié des années 90, époque des premiers (et formidables, contrairement aux plus récents) albums du natif de Francfort sur son label Eye-Q, évoquant aussi le son du label de pointe hambourgeois Superstition et intégrant des sonorités plus récentes, parfois cependant à la limite de la mièvrerie.

La pluie nous chassera du site pour le set de Black Strobe, désormais cornaqué par le seul Arnaud Rebotini, qui, de l’avis de plusieurs personnes, s’avéra décevant. Nous aurions dû revenir encore plus tard, pour ne pas avoir à subir l’infâme pseudo-funk des Detroit Grand Pubahs sur la scène couverte, qui nous conduisit à patienter au son moins inaudible mais guère plus captivant du set de Martini Brös. Les choses s’arrangent sur le coup de 2h du matin, lorsque l’autre vétéran du jour, Juan Atkins (Model 500, Infiniti, Cybotron), prit place derrière les platines pour un set bien plaisant, sans être d’une grande virtuosité ou originalité. Le boulot fut assuré, fort bien mais sans génie. Pendant ce temps, dans le plus petit espace, l’expansif Reinhard Voigt, membre fondateur du label-clé Kompakt aux côtés de Michael Mayer, nous gratifia d’un live assez détonnant de "techno-pop minimale" ainsi qu’il qualifie lui-même son style. A vrai dire, celui-ci n’a que peu à voir avec le minimalisme envoûtant que l’on retrouve sur la plupart des sorties de la structure de Cologne, étant nettement plus orienté dancefloor. Le laptop, manié de manière ostentatoire par un musicien vivant pleinement chaque son, délivra d’habiles évolutions rythmiques percutantes, des montées bien soupesées, des hachures en vrille. Non exempt de certaines longueurs de boucles, le set de l’Allemand démontra néanmoins qu’il maîtrise pleinement son sujet.

Nous en restâmes là pour ce premier jour, abandonnant les Halles des Foires, déjà témoin de plusieurs raves passées, au live de Zombie Nation puis au set de Oxia (que nous aurions volontiers suivi, s’il n’était pas programmé aux petites heures). La journée du samedi, globalement plus faible, voyait se succéder une pléiade de groupes locaux, dont certains font beaucoup parler d’eux, et une affiche vespérale de bonne tenue où figuraient Woven Hand, Herbaliser, Zita Swoon, Le peuple de l’herbe, Echo & the Bunnymen et Magnus. Nous en retiendrons surtout la prestation des Young Gods, que nous ne voulions absolument pas manquer et qui réveillèrent la main stage assoupie dans la chaleur de l’après-midi. Le trio suisse eût mérité une ambiance plus explosive mais enchaîna cependant avec force et brio les multiples pépites jalonnant leur déjà longue carrière. Batterie métronomique et puissante, triturations électroniques percutantes et voix caractéristique de Franz Treichler, les ingrédients étaient réunis pour un (trop court) passage en revue des classiques du groupe, de Secret à Kissing the sun en passant par l’hymnique Skinflowers. Nous en avons, il va sans dire, savouré jusqu’à la dernière note.

Le dimanche proposait l’affiche la plus "grand public" et en effet ce dernier s’avéra plus familial et contrasté. L’affiche de la scène principale était chapeautée, après quatre groupes liégeois, par Nada Surf (que nous écoutâmes brièvement par curiosité, trouvant cela plaisant mais sans réel intérêt) et surtout Indochine, dont de nombreux fans colonisaient le site. Plus qu’une méga-tête d’affiche, c’est d’un véritable parrain pour ce festival, gage de succès public, qu’il s’agissait. Il y aurait beaucoup à dire sur le groupe et sur leur longue prestation de deux heures, très rock et enlevée, mais ces pages n’en sont pas le lieu adéquat. Auparavant, nous nous étions concentré sur la scène couverte où nous pûmes applaudir les Bruxellois Venus, dont le set fut très convaincant, Dominique A, qui emporta davantage notre adhésion qu’à l’écoute de ses albums qui nous ont toujours laissé quelque peu perplexe, sans jamais nous rebuter, et Coco Rosie, dont nous avons déjà parlé ici, qui livra un concert aérien, soyeux, pas forcément calibré pour un contexte de festival mais à la fois intriguant et réjouissant.

Le clou de la journée, si l’on excepte la bande à Nicolas Sirkis, était certainement la présence des Nits, dont l’on peinera toujours à comprendre qu’ils ne recueillent pas un plus large succès avec leurs 32 ans de carrière au compteur et leur foule de chansons pop imparables. Si l’on ajoute qu’ils jouaient au moment où une certaine finale était diffusée par ailleurs sur écran géant, on comprendra qu’on se trouvait entre gens de bonne compagnie vouant une vive admiration au trio batave, ce qui somme toute était bien plaisant. Henk Hofstede, Robert-Jan Stips et Rob Kloet prenaient visiblement un réel plaisir à être là, s’amusant ensemble et avec un public souriant et ravi, variant les ambiances, proposant des visuels soignés, jouant plus avec leurs instruments (piano, guitare, batterie) que de ceux-ci. Tous les tubes y sont passés, de même que plusieurs extraits du dernier opus en date, Les nuits. Onirique, mutine, pénétrée, légère et percutante, la musique des Nits est réellement séduisante et la sauce prit impeccablement.

Voici donc un nouveau venu sur la scène des festivals estivaux belges, comblant un minuscule trou de calendrier entre Werchter et Dour, bien organisé dans l’ensemble, bien sonorisé, fréquenté en nombre (au bas mot 20.000 personnes sur les trois jours) et qui proposait une affiche de belle facture. Rendez-vous l’an prochain ?

Gilles Genicot
le 12/07/2006

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