Festival Panoptica 2006 : Vector Lovers / Kettel / Eight Frozen Modules / Dat Politics

 date du concert

21/10/2006

 salle

Salle des Fêtes de Bressoux-Droixhe,
Liège

 tags

Dat Politics / Eight Frozen Modules / Kadah/Vresky / Karl Marx Stadt / Kettel / Rawakari / Salle des Fêtes de Bressoux-Droixhe / Secede / Ultre / Vector Lovers

 liens

Dat Politics
Rawakari
Vector Lovers
Ultre
Kadah/Vresky
Secede
Eight Frozen Modules
Kettel

La cinquième édition de l’incontournable rendez-vous automnal d’un certain gratin de Liège et d’ailleurs se tenait un peu plus tôt cette année, toujours au même endroit, salle qui, on l’a déjà écrit, offre, outre une surface adaptée à l’événement et permettant la combinaison du son et de l’image - ligne de force du festival -, un son excellent. Après une balade musicale citadine organisée l’après-midi sous le nom "Audio Lanes", les conditions étaient donc réunies pour vivre à nouveau une extase musicale et visuelle. Le line-up semblait, sur le papier, moins alléchant que les années passées mais ce fut somme toute une édition tout à fait à la hauteur, qui nous permit, qui plus est, d’assister à l’un des trois ou quatre meilleurs sets jamais programmés au festival, que nous choisissons d’évoquer d’entrée de jeu.

Cela faisait deux ans et demi que nous n’avions plus vu Vector Lovers en concert. Entre temps, son délicieux premier opus est ressorti chez Soma, qui l’héberge désormais, et surtout nous sommes littéralement tombé à la renverse à l’écoute de Capsule for One. Nous attendions donc - et nous n’étions pas les seuls - avec grande impatience la prestation de ce néo-Berlinois originaire de York. Opportunément placé en milieu de programme, de sorte que tout ce qui précédait tendait vers lui et tout ce qui suivait partait de lui, Martin Wheeler nous gratifia d’un set mémorable, irrésistible et imparable, à la fois très dansant et incroyablement raffiné dans les textures et les mélodies. Pour une fois, voici quelqu’un qui "joue" vraiment ses morceaux, nous offrant une évasion électronique foisonnante et jouissive, agrémentée des visuels poétiques, enfantins et maritimes de sa comparse Ewo, que nous félicitons et remercions. Un tout tout grand moment.

Avant cela, on nous aura vanté les visuels de Rouge pendant le set calme d’Egotopia, régional de l’étape, auquel nous n’avons toutefois pu assister. C’est au son des fracassements mélodiques de Ultre que nous avons pénétré dans l’arène. Finn McNicholas, originaire de la vénérable cité de Sheffield, ici accompagné de son frère, est un nouveau venu qui jouait pour la première fois en Belgique. Il ne parvint pas complètement à capter l’attention ni à nous convaincre, faute parfois de ligne directrice tangible ; il reste que l’on percevait bien les nombreuses idées, qui demanderaient simplement à être mieux agencées. L’homme a beaucoup écouté Warp et surtout Planet Mu, tant l’on sent dans ses morceaux un cousinage avec le ton général qui domine les sorties du label de Mike Paradinas. Ultre est sur le point de sortir, sur le label Audiobulb, son album All The Darkness Has Gone To Details dont l’on reparlera ici.

Rawakari et Kadah/Vresky, acoquinés pour l’occasion, viennent eux aussi de la région liégeoise et ont déjà pas mal fait parler d’eux, via leurs sorties sur Elf Cut et DUB (et bientôt sur leur propre label qu’ils sont en train de monter) et, pour le premier, plusieurs prestations chroniquées dans ces pages, dont l’une à ce même festival il y a 4 ans. Set calme, du moins au début, avec cadencements dub profonds et notes claires dispersées, puis qui se complexifie, se densifie. Le dialogue entre les deux machines offre de fort bons passages, mélangeant motifs aérés et grincements, autour desquels la construction est charpentée mais qui se font par moments un peu trop systématiques. Set indubitablement très travaillé : la collaboration est au point et cela s’entend. Il s’écoute sans déplaisir aucun mais sans enthousiasme débordant, les yeux plongés dans des visuels en floutages dodelinants moins transcendants que ceux, abstraits, colorés et joyeux, qui accompagnaient Ultre quelques instants plus tôt.

Kettel vs Secede, les deux Néerlandais désormais poulains de l’écurie on ne peut plus recommandable Sending Orbs, auraient voulu nous offrir un set qui nous aurait certainement transporté. Ils n’y sont pas véritablement parvenus, la faute à ces habituels "problèmes techniques" qui firent ici leur apparition. Il faut dire que le dialogue entre deux laptops n’est forcément jamais simple à gérer. Le set des talentueux Bataves fut donc pour une bonne part improvisé et s’avéra nonobstant d’une très haute tenue. On n’en attendait pas moins au vu de l’immense qualité des travaux discographiques de Reimer Eising - déjà présent ici même il y a 3 ans - et de son époustouflante prestation bruxelloise de novembre 2004. Sur de bien agréables visuels dominés par le noir et blanc et le rouge du Suisse Lego_Man, les sons virevoltent, ambient acid electro-pop electronica, il n’y a plus de barrières de styles pour ces orfèvres du son juste et précis. Difficile de préciser la part de travail entre les deux artistes mais, s’agissant de Kettel, il est certain, à l’instar d’Apparat, que l’on tient là un musicien électronique complet, foisonnant d’idées et de talent, à suivre de très près.

On passera sur la prestation des Français Dat Politics, supportable mais sans intérêt, pour consacrer à nouveau notre attention sur celle, plus pertinente ici, de Eight Frozen Modules, qui a traversé l’Atlantique pour nous présenter ses motifs hachés et fragmentés, tout en roulis, concassages et martèlements. Sur des visuels géométriques et colorés, inspirés des comics américains, cela s’avéra tantôt agréable et stimulant, tantôt un peu rébarbatif et longuet, faute d’être suffisamment diversifié. On aurait aimé que ce set soit interverti avec celui de Karl Marx Stadt qui clôturait la série des lives et qui nous plut davantage, malgré la fatigue. A l’image de son album 1997-2004 sorti chez Lux Nigra l’an dernier, Christian Gierden - dont le look est bien approprié à son nom de scène, sans que l’on sache si ses opinions suivent cette tendance - nous propose des comptines ludiques, des valses uptempo bien sympathiques, des ritournelles aigrelettes dans une tonalité générale electro-pop, trance vintage et souvent gabber mutine, avec visuels immobiliers et automobiles.

L’espace est à ce moment occupé par les danseurs qui s’expriment sans réserve et seront certainement comblés par Elephant Power qui officiera ensuite aux platines. Pour notre part, la bière ayant coulé, les oreilles et les yeux étant rassasiés, nous reprenons notre vélo le long des quais de la Meuse, à 4h30 du matin, plus décidé que jamais à nous laisser envahir de sons électroniques roboratifs et enivrants.
Beau succès de foule, une fois encore, pour cette 5e édition d’un festival que nous chérissons et dont nous emportons la jolie compilation en souvenir.

Gilles Genicot
le 29/10/2006

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