(Constellation / Chronowax)
30/10/2001
Rock

Deuxième album pour le projet parallèle d’Efrim, Thierry et Sophie de Godspeed You Black Emperor ! qui a, pour l’occasion, procédé à un double élargissement : de son nom d’une part (on est passé de A Silver Mount Zion à The Silver Mount Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band) et de sa structure d’autre part (les musiciens qui accompagnaient les trois membres fondateurs sur la tournée - cf. chronique du concert des Instants Chavirés - font dorénavant pleinement partie du groupe).
Dès le morceau d’ouverture, on retrouve la magie de He has left us alone…, premier ouvrage du groupe : cordes envoûtantes, piano mélancolique, theremin larmoyant. L’ambiance s’installe, l’atmosphère se crée. Par la suite, le piano laissera parfois sa place à une guitare venant prendre sa place dans cette manière incomparable et inatteignable qu’a The Silver Mount Zion de préparer le terrain pour accueillir un déploiement sonore et instrumental comme seuls les fabuleux canadiens savent en faire.
A cet égard, le triptyque This gentle hearts like shot bird’s fallen-Built then burnt [Hurrah ! Hurrah !]-Take these hands and throw them in the river est une réussite totale. Entre deux passages où cordes et guitare dialoguent dans une brume à peine dissipée, on entend des chants d’oiseaux, un enfant raconte une histoire. Vers la fin de Built then burnt, le rythme des cordes s’accélère soudainement afin d’effectuer une transition vers Take these hands… où Efrim, d’une voix réverbérée au maximum, pousse son chant le plus possible. Pendant ce temps-là, les cordes se déchaînent et une guitare acoustique bat le tempo. Enfin, après une juxtaposition quasi-apocalyptique de samples de chant, le gazouillement des oiseaux reprend le dessus, le calme revient.
Plus loin, on sera, entre autres : subjugué par la mélodie jouée à la guitare dans Could’ve move mountains, sublimée par la présence des violons ; capturé par C’mon come on (loose and endless longing), sa batterie hypnotique, son duo de guitares poignantes et leurs montées presque cataclysmiques ; apaisé par le dernier titre où Efrim, d’une voix davantage assurée que sur le premier album (mais parfois toujours aussi tremblante), clôt temporairement les sublimes aventures du groupe tandis qu’une guitare légèrement saturée se voit rejointe par une série de cordes qui fermeront l’album par de légers pizzicatti.
Cette alternance parfaite d’explosions et de périodes de repos, de moments de tensions et de plages langoureuses file, tout au long du disque, un désir de représentation du cycle de la vie. Born into trouble… est un grand disque, tant par ce qu’il contient, que par les intentions de ses auteurs ; qui plus est, il se découvre au fur et à mesure de son écoute, chacune d’entre elles dévoilant une nouvelle beauté non encore décelée : la marque des chefs d’œuvre assurément.
le 19/11/2001