Christof Kurzmann

The Air Between

(Charhizma / Metamkine)

 date de sortie

00/07/2003

 genre

Electronique

 style

Expérimental

 appréciation

 tags

Charhizma / Christof Kurzmann / Expérimental

 liens

Charhizma

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Alors qu’il était en période d’écriture, Christof Kurzmann (musicien autrichien, par ailleurs label manager de Charhizma) fut profondément choqué par la décision américaine d’attaquer l’Irak. Cette menace constante et cette guerre imminente planèrent, dès lors, sur ses compositions et ressortent sur The Air Between, album constitué d’une plage unique et sortant sur son propre label.

Débutant par des crépitements et une rythmique sourde, semblables à de lointaines explosions et au bruit d’une armée en marche, le disque du viennois est traversé de part en part par une tension sépulcrale qu’il ne laisse jamais éclater, comme pour signifier que la violence n’est pas une réponse à la violence. Faisant venir et repartir les différentes composantes de ses textures, Kurzmann exploite au maximum la densité de ses sonorités, travaillant sur leurs résonances et le grain de ses grésillements. Avançant dans le disque, on constate que l’espace entre les sons (’the air between’, à proprement parler) se réduit, rendant l’atmosphère encore plus suffocante, pour arriver à des "vents électroniques" pareils à de lentes et implacables détonations.

Véritable "work in progress", l’album semble donc se dérouler au rythme de l’actualité : alternant phases de préparation (uniquement composées de nappes avec quelques rares crépitations) et phases de mouvement ou d’attaque (quand les grésillements se rapprochent et que le volume sonore se hausse). Après avoir représenté les premières attaques aériennes, Kurzmann fait ainsi apparaître un grésillement plus aigu et plus pointu, figurant, à l’évidence, une sirène d’alarme retentissant dans un village iraquien. D’abord en arrière-plan et présent uniquement sur le canal gauche, il se fait plus régulier et couvre l’ensemble de l’étendue sonore, au fur et à mesure que l’aviation américaine prend le contrôle du ciel iraquien. A l’issue d’une nouvelle période de répit, ce sont les fantassins qui entrent en scène, par l’intermédiaire de tapotements rapprochés que le musicien autrichien place à côté des roulements métalliques comparables aux chenilles des chars, avant de clore son album par une boucle où on retrouve le bruit d’une pointe de vinyl sur un sillon vierge, symbole de l’éternel recommencement de l’Histoire.

Si une telle entreprise comporte fatalement sa part d’idéalisme naïf (qu’on retrouve ici par le biais d’une lettre ouverte à George W. Bush, attribuée à Gabriel Garcia Marquez, reproduite dans le livret et mettant en parallèle la politique extérieure américaine des quarante dernières années et les attentats du 11 septembre ; or, la paternité de cette lettre a été maintes fois réfutée par l’écrivain colombien), on ne peut qu’en saluer la réussite artistique ; car, si on a choisi de chroniquer The Air Between par le prisme de la guerre en Irak, la musique se suffit à elle-même et s’apprécie largement en dehors de tout contexte politique.

François Bousquet
le 06/08/2003

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