(Intr_version / Mochi Mochi)
06/06/2003
Electronique

Désormais est un duo fondé par Mitchell Akiyama, basé à Montréal, et Joshua Treble (crédité sous l’alias Tony Boggs) du côté de Cincinnati, qui avait été remarqué avec la sortie de leur premier album, Climate Variations, superbe mélange d’expérimentations électroniques et de guitares épurées pour un mélange inédit entre post-rock et ambient accidenté.
Comme pour ne pas se faire oublier trop vite, il enchaînent avec ce deuxième album, enregistré à partir de sessions live à Cincinnati pour être ensuite retravaillées, décomposées, hachées jusqu’à l’obtention de cet album fracturé.
Si Climate Variations se révélait surprenant par son alternance de cassures et de plages désertiques, ce nouvel album fait preuve d’un systématisme dans le traitement du son qui se révèle souvent gratuit, n’apportant rien de plus à la musique.
On trouve d’abord ce traitement intéressant sur From Now On, avec un rapide égrenage de notes de guitare en intro, puis de courts passages de cordes plaintives, grinçantes qui forment un habile duo avec les guitares. Par ailleurs leur traitement apporte de subtiles variations, comme si le son s’éloignait, menaçait de se rompre... Mais dès le deuxième titre, on retrouve tout ce qui fera l’essentiel de cet album : des sonorités lointaines, brouillées, qui se mêlent, se superposent à l’infini sans réelle finesse. L’explosion rythmique finale assurée par Eric Craven (Hanged Up) perd elle même tout son punch sous les effets numériques.
Tout devient donc artificiel, le laptop efface toute la finesse des vocalises de Jenna Robertson sur To Say Before Going to Sleep, le son est perpétuellement confus, la guitare paraît sans cesse hésitante, noyée dans une reverb, et les couches successives de guitares triturées s’emmêlent et se perdent en route.
Chaque titre possède sa petite originalité, mais celles-ci restent étouffées par la forme. Une guitare folk sur Broken Images and Packets of Folded Light, des boucles et un son de guitare tout droit sorti de chez Steve Reich sur Under a Watching Sky sur lequel on retrouve Becky Foon (A Silver Mount Zion), une lente montée en puissance sonore sur le morceau titre que l’on rapprochera des autres canadiens de Godspeed You ! Black Emperor, ou encore une chanson pop au son beaucoup plus classique et vocaux éthérés sur To Sing Before Going to Sleep. Seul le dernier titre, plus apaisé, nous permet de retrouver la beauté du premier album avec une rythmique discrète, un son plus naturel et des glitchs assemblés avec justesse.
L’ensemble de l’album est construit sur ce décalage entre la forme, à savoir des fractures, une surabondance d’éléments sonores, un fourmillement de boucles, grésillements, hésitations, et le fond, soit une musique calme, une sorte de post-rock atmosphérique.
Le bilan est donc mitigé, pour un album qui donne un peu trop l’impression d’avoir été enregistré en vitesse, avec des traitements numériques qui semblent être là "pour voir ce que ça donne" et des collages hasardeux. Mais les amateurs de post-rock langoureux devraient apprécier ces constructions d’ambiances.
le 20/08/2003