(Sub Rosa / Tripsichord)
15/07/2003
Electronique

Autechre / Kim Cascone / Luc Ferrari / Scanner / Sub Rosa / Yoshihiro Hanno
Après un premier volume paru il y a tout juste un an, voici le deuxième volet de cette série de compilations qui devrait au final en compter sept. Revendiquant la compilation non chronologique, on a un peu de mal à saisir une cohérence au sein d’un même volume. A chaque fois, un nouveau point de départ, et ensuite une série de connexions plus ou moins évidentes entre chaque artiste, en prenant soin de couvrir l’ensemble du large spectre des musiques électroniques. Si le premier volume tournait autour de la création du GRM par Pierre Schaeffer, ce deuxième volet s’appuie sur la création de l’Electronic Music Center par Vladimir Ussachevsky et Otto Luening à New-York en 1958.
Le premier CD débute donc avec une courte pièce de Luening et Ussachevsky mêlant bandes sonores, voix et instruments classiques avec un son résolument moderne. Une densité plus riche ensuite avec Luc Ferrari mêlant noise, électronique et sons concrets à un rythme effréné, avec des changements de tempo abruptes, des cassures. Dans un style approchant on trouve ensuite Morton Subotnick qui colle des sons concrets sur des nappes électroniques ou des bandes retravaillées.
On passe ensuite à des oeuvres plus électroniques avec d’une part des pièces qui restent abstraites et expérimentales, et d’autre part de nombreux morceaux ambient qui s’appuient sur une sonorité précise. Au coeur du Quintet de Hugh Davies se trouve un complexe dispositif de micros, haut-parleurs, générateurs d’ondes sonore qui produit une musique abstraite, fruit du contrôle de larsens. Le résultat est plutôt étonnant. Sûrement un peu plus facile à maîtriser, les sifflements électroniques de Johanna M. Beyer nous font penser à un Theremin, à peine rythmé par les tintements d’un triangle. Une autre femme, Daphne Oram, semble s’appuyer sur le même genre de sons, mais les habille de souffles fantomatiques, ou superpose diverses tonalités. Tod Dockstader et Alan R. Splet quant à eux sont les spécialistes des nappes, textures, souffles ambient. Le résultat est toujours saisissant. On notera que si le nom de Alan Splet ne nous est pas vraiment familier, il fut un proche de David Lynch avec qui il travailla pour les effets sonores de Eraserhead, Elephant Man, Dune, et Blue Velvet.
Ceci explique sûrement la transition avec Kim Cascone (qui a travaillé sur Twin Peaks et Sailor et Lula) et qui propose ici avec Scanner deux pièces commandées pour cette compilation et font le lien avec les pionniers du genre. Le laptop de Kim Cascone construit un morceau de façon aléatoire à partir d’une banque de sons précédemment créés par la machine, et Scanner superpose nappes ambient, dialogues et bruitages téléphoniques.
Le deuxième CD contient des oeuvres beaucoup plus récentes et fait un panorama des genres musicaux. Autechre et Yoshihiro Hanno pour l’electronica, Meira Asher et Guy Harries pour un spoken word sur fond de craquements et ronronnements, Choose et DJ ESP se partagent le gâteau techno, tantôt acid, tantôt hardcore, Laibach et SPK (Graeme Revell compositeur des BO de Calme Blanc, The Crow, Titan AE, Human Nature...) pour la scène indus, puis Sun Ra et Captain Beefheart pour la scène free, que ce soit jazz ou rock.
Si cette double compilation, ou l’ensemble de cette anthologie semble être un passage obligé pour qui s’intéresse aux musiques électroniques, c’est aussi parce que les morceaux proposés sont souvent des inédits, parfois les premiers morceaux des artistes cités, et pour le livret de 40 pages avec de nombreux éléments biographiques et discographiques pour rassembler les bases de la musique électronique.
On portera juste un petit bémol sur le choix des artistes qui pour une bonne part ont déjà sortit des disques chez Sub Rosa. Une anthologie qui a donc un petit goût de compilation-sampler Sub Rosa...
le 19/10/2003