(Angelika Köhlermann / Import)
15/10/2003
Electronique

Alors que l’on commençait un peu à se lasser des sorties du label Angelika Köhlermann (toujours dans le même style, électro-pop lo-fi et foutraque, notamment avec leur précédente sortie, B.O.S.), cet album de Pierre Crube se révèle être une bien agréable surprise.
Ce jeune montréalais qui avec Montag se partageait cette année la scène du Festival Mutek se distingue par une alternance de pièces lo-fi et de temps en temps d’un son particulièrement soigné. Ajoutons à cela un indéniable talent de mélodiste, atout majeur pour composer de petites pièces pop accrocheuses, se rapprochant un peu d’artistes comme Hypo (avec qui il collaborera sur le prochain album du français) ou Boulder dDash, tout en étant peut-être un peu plus sage, ou plus soigné.
C’est pas moins de 26 titres qui composent cet album, ou plutôt 21, auxquels s’ajoute en bonus les morceaux d’un précédent EP. On commence par un instrumental aux sonorités un peu kitschs, de vieux claviers, de mélodies légères et un peu faciles tandis qu’on retrouve un peu le style Hypo sur I Like It ou Rimming avec ses sonorités saturées, ses rythmiques haletantes et ses mélodies douces-amères. Le chant déformé par les effets semble déclamé comme un cri désespéré et fataliste, mais étouffé et retenu.
Pierre Crube ne s’embarasse de longues intros ambient ou de montées progressives pour lancer ses morceaux. Il va directement à l’essentiel, en commençant d’entrée par une mélodie accrocheuse pour des tubes d’une durée allant généralement de 1mn30 à 2 minutes.
L’apport d’une guitare se révèle souvent décisif, transformant une légère ritournelle pop en un petit bijoux finement taillé. Intense Rick sort du lot avec une sorte de claquement électronique saccadé sur lequel vient se poser une sublime mélodie de guitare jouant avec la stéréo. Même recette dans une version ralentie sur Danny Visual, plus mélancolique, tout comme Getting All Emo, délicate pièce aux cordes synthétiques.
Dans un tout autre style, Gummi Night débute comme un gros tube avec sa basse efficace, avant qu’une petite mélodie de glockenspiel ne pointe le bout de son nez, prenant l’auditeur au dépourvu.
Sur les cinq titres du Ohym EP qui conclue l’album, on trouve pas moins de cinq autres tubes, mais cette fois le chant est une constante. Et même quand il chante, Pierre Crube s’en sort à merveille, avec une voix qui fait passer une certaine gravité, marquant la rupture avec l’album au ton plus léger. On retiendra en particulier If I Was You et son alternance de rythmes lourds et guitares cristallines, Hu-Ho ! où la voix grave tranche avec une mélodie de vieux clavier, ou Skin Off qui s’apparente fortement à du Depeche Mode dans la façon de chanter.
Bref, si vous aimez la pop déviante, électronique, à la fois déglinguée et soignée, ce disque est fait pour vous.
le 04/11/2003