(Karate Joe / Import)
04/08/2003
Electronique

On avait déjà parlé, il y a environ un an d’une compilation du label autrichien Karate Joe, compilation particulièrement expérimentale, alors que les disques des artistes signés sur ce label sont beaucoup plus faciles d’accès. C’est encore ce qui se passe avec Glear, plus proche de la musique concrète que du post-rock atmosphérique.
C’est le cas par exemple de Stephan Sperlich qui, sur un tapis de drone fracturé et de sifflements suraigus, dépose vrombissements à la limite de la rupture, claquements, et bruits d’objets qui tombent. L’abstraction est donc de mise, les structures sont libres, jouant souvent sur des cassures abruptes. Thomas Grill par exemple commence avec un coup donné sur une cymbale qui provoque une résonance infinie. Celle-ci sert à construire une nappe ambient qui devient grave, granuleuse, et s’arrête brutalement, coupée dans son élan par un nouveau jeu de cymbale façon free jazz. On retrouve ce genre de construction chez Robert Kellner qui intercale des séquences de musique contemporaine, électroacoustique, entre des passages plus apaisés.
En dehors des collages sonores qui nous paraîtront parfois un peu gratuit, on remarquera quelques expérimentations plus conceptuelles. Matthias Erian par exemple débute sont HCM par des bruits de circulations, klaxons et foule. Petit à petit ce brouhaha devient abstrait, semble se liquéfier pour former un souffle inquiétant allant presque jusqu’au silence. Quand celui-ci revient, c’est accompagné de chuintements électroniques, bruits et notes aléatoires reproduisant avec des instruments le bruit de circulation et foule qui initiait le morceau. Plus simple, le titre de Johann Neumeister semble construit à partir du sifflement d’un ballon de baudruche et de grincements de porte, tandis que Jonas Bohatsch part d’un sample de bruits de pas qui tourne en boucle de plus en plus rapidement. Ces pas forment alors un rythme de plus en plus rapide, puis la fréquence augmentant rapidement, il obtient très vite un sifflement de plus en plus aigu.
Enfin, quelques pièces se font plus classiquement musicales. Sascha Bukaric par exemple joue sur un minimalisme répétitif à base de sonorités électroniques, construisant une musique qui donne l’impression de sortir d’un vieux jeu vidéo. En milieu de disque Dieter Solegro puis Astrid Schwarz superposent ronronnement ou vrombissement avec des rythmiques originales mais très austères, formant une sorte d’electronica expérimentale, en dehors des sentiers battus.
Dans un autre style, Günther Berger avec le bien nommé It Could Be a Life in a Bottle propose une ambiance aquatique avec bruits d’eau, clapotis, coups de rames, puis des notes de guitare, tantôt répétitives, tantôt abstraites, généralement inquiétantes. Enfin, on retrouvera Andreas Berger, avec un magnifique morceau déjà présent sur son album paru sous le nom de Glim, plus proche des sorties du label : nappes de laptop, boucles de guitare mélodique et tintements de glockenspiel.
Un disque souvent difficile, à réserver aux fans de musiques concrètes, de musiques électroacoustiques, ou aux amateurs de musiques électroniques exigeants.
le 30/11/2003