(Love Records / Metamkine)
14/06/2004
Electronique

Anton Nikkila / Avant-Garde / Curd Duca / Electronica / Es / Love Records / Mira Calix / Pekka Airaksinen
Histoire de parfaire sa culture en musique électronique, et à l’image de Dodeka, l’album de Arne Nordheim paru l’an dernier chez Rune Grammofon, voici un album se chargeant de nous rappeler qu’il y avait aussi Pekka Airaksinen, un autre pionnier en matière de musique électronique et expérimentale. On trouve sur ce double CD une sélection de ses oeuvres composées entre 1968 et 2003, puis sur le deuxième disque un remix de chacun des morceaux présents.
L’oeuvre d’Airaksinen, particulièrement vaste, n’est pas facile à appréhender, le finlandais expérimentant divers styles sous plusieurs pseudos, et évoluant naturellement au fil des années. Justement cette compilation permet d’avoir une vision assez large de son travail en choisissant des pièces sur l’ensemble de sa carrière et issues de différents projets.
On commencera par la période 1968-1970, avec déjà une variété de styles impressionnante. Sous le pseudo The Sperm, il élabore un joli échafaudage de basses saturées, laissant échapper parfois quelques fréquences plus hautes et notes de piano, puis nous offre un impressionnant titre noisy intitulé Organ et qui nous fait penser à une séquence free rock à la guitare saturée. D’un autre côté, sur Dodekafoninen Talvisota on est parti pour près de 20 minutes d’improvisation, dans un premier temps en grattant un instrument à corde, se rapprochant ensuite du rock avec des basses saturées, des impros rythmiques, pour finir par la finesse d’une mélodie de harpe. Mais c’est sous son propre nom que l’on trouvera le travail le plus intéressant avec Pieni Sienikonsertto qui mêle glissando électronique, expérimentation rythmique à base de sons concrets, évocation folk via un son de banjo ou slide guitar, puis notes de piano parcimonieuses.
Peut-être est-ce une question de génération, mais notre préférence se portera toutefois vers ses oeuvres composées dans les années 80. Deux morceaux sont extraits de son album Buddhas of Golden Light, et confirment sont attachement à la fusion entre électronique et acoustique, tout en privilégiant l’aspect live de la musique. Une base solide grâce à l’apparition des boîtes à rythmes, des sonorités de claviers accrocheuses, et là dessus un saxophone free-jazz qui se marie parfaitement à l’ensemble, donnant une ampleur inouïe à Ratnasikhin. Cette impression de free-jazz électronique se confirme quand les claviers eux-aussi se détachent de la classique composition. Mais c’est Suvarnabhasagarbha qui nous éblouira de beauté avec un son sorti d’on ne sait où, semblant tenir autant de l’acoustique (effets que l’on peut appliquer à une corde de guitare par exemple) que de l’électronique par son timbre, ultra-mélodique, à la fois doux et rythmé. Bref, un tube.
Pour finir, des oeuvres composées en ce début de millénaire, résolument modernes avec des sonorités électroniques actuelles, mais sans que celles-ci n’aient le monopole. Sur le très beau No Focus de dangereuses nappes de cordes mélodiques sévissent au second plan, à la manière d’une musique de film, tandis que sur le technoïde Epistemological Word Error c’est un mélange foutraque de musique populaire, fanfare, expérimentale, improvisée qui fait des siennes sur une rythmique techno minimale.
On pourrait s’arrêter là, et on dirait que l’on tient là un disque d’exception, en reconnaissant le statut de pionnier du finlandais. Mais il y a un deuxième CD sur lequel on passera rapidement, celui-ci n’apportant pas grand chose, et servant surtout à faire le lien entre deux générations.
On trouve dans le même ordre, les 11 titres du premier CD, remixés par divers artistes dont certains qui avaient déjà une affinité pour Airaksinen comme Nurse With Wound qui citaient déjà ce compositeur parmi leurs influences sur leur premier album, ou le finlandais Es (que l’on retrouve chez (K-raa-K)3) qui a eu le privilège de jouer avec son compatriote au festival finlandais Avanto. On retrouve également Anton Nikkilä, une présence assez logique puisque le label dont il est responsable, N&B Research Digest, produit ce double CD, et plus surprenant, Mira Calix qui réussit un magnifique morceau, mêlant ses mélodies douces et mélancoliques à des textures de basses saturées du morceau d’origine. Pour finir, on trouve Curd Duca pour une compression des sons, et Pekka Airaksinen qui reprend un de ses vieux morceaux.
Pour les plus curieux, ceux à qui le mélange électronique/free-jazz ne fait pas peur, ceux qui veulent remonter dans le temps et découvrir les prémices des musiques expérimentales nordiques, Madam I’m Adam est un disque à posséder absolument. On mettra juste un petit bémols sur les remixes qui, au regard du premier disque resteront anecdotiques, mais on notera aussi l’excellent livret qui présente chaque morceau en le replaçant dans la carrière de l’artiste.
le 25/08/2004