(Quecksilber / La Baleine)
04/10/2004
Electronique

Doucement, mais sûrement, Quecksilber est en train de se constituer un catalogue de qualité, à la fois pointu et ouvert dans ses choix, passant des platinistes aux instrumentistes, et du free jazz à l’electronica. Avec cette huitième référence, le label allemand confirme cette impression, en allant un peu plus loin peut-être dans l’expérimentation, avec ici le travail de l’Américain Michael J. Schumacher qui travaille le son entre autre dans le cadre d’installations qui ont fait le tour du monde, mais aussi en tant que pianiste, se produisant ainsi en solo, ou encore au sein du groupe Strata qu’il a fondé voici deux ans.
Stories est son sixième album solo si nos comptes sont corrects, après s’être essayé à l’improvisation au laptop, à la guitare préparée, et au minimalisme répétitif sur son précédent Room Pieces, comparé à La Monte Young, John Cage, ou encore Morton Feldman.
Ici, en quatre "histoires" sur 75 minutes, il propose de longues pièces mêlant éléments micro-électroniques et acoustiques, le tout dans une apparente abstraction. Des morceaux plutôt calmes, parfois inquiétants comme le très beau Still qui ouvre l’album : craquements de vinyles, brefs sifflements, grincements de cordes de violon et de temps à autre un grave tintement ou des vrombissements lointains. A priori pas joyeuse, la musique de Schumacher change toutefois de direction sur Two, Three and Four Part Inventions aux sonorités très acoustiques : voix, gouttes d’eau, instruments acoustiques tronqués (attaque d’une note de piano, pincement d’une corde). Une sorte d’immense collage, un pièce de musique concrète à partir d’instruments, de bribes mélodiques et de légers bruitages électroniques.
Une fois ces deux morceaux passés, le disque prend une nouvelle dimension quand, sur Room Pieces New York, les sonorités que l’on entend semblent provenir des deux précédents morceaux : on y retrouve en alternance des voix, un chant féminin lointain, une personne âgée, et les micro-bruitages électronique de Still. Un peu plus facile d’accès, ce troisième morceau donne aussi l’impression de conclure un triptyque et d’apporter une certaine cohérence à l’ensemble, cohérence qui n’était pas évidente a priori. Pour ne pas se cantonner à ces acquis, Schumacher ajoute ça et là de délicates notes de piano qui servent du même coup à lier Untitled, le dernier morceau qui s’étale sur plus de 30 minutes. Ce dernier titre conclue magnifiquement cet album, en alternant passages de voix et bruitages électroniques, puis superbes solos de piano enregistrés lors de l’un de ses concerts dans la ville de Québec.
Un disque subtil, raffiné, pour amateurs d’expérimentations électro-acoustiques, d’ambient, de musique improvisée ou concrète.
le 24/11/2004