(Staubgold / La Baleine)
02/03/2005
Electronique

Reuber fut pour nous une grosse révélation il y a un peu plus de deux ans alors qu’on le découvrait sur scène lors d’une soirée Staubgold. Révélation qui se confirmait ensuite à l’écoute de son deuxième album, Ruhig Blut. C’est toujours chez Staubgold qu’il sort ce troisième album, confirmant un talent incroyable.
Kintopp risque de surprendre ceux qui comme nous ne connaissent que son deuxième album, mais surprendre dans le bon sens du terme. Ruhig Blut était composé de 3 pièces, dont deux ambient en guise d’ouverture et conclusion tandis que le deuxième titre jouait sur des basses électroniques répétitives et hypnotiques, rappelant parfois le son d’un didgeridoo. En posant ce nouvel album sur la platine, on remarque tout de suite que le disque est composé de 13 morceaux ce qui laisse déjà présager un certain changement. En fait on se trompe : Reuber produit toujours de longues pièces aux lentes évolutions, qui sont ici découpés en plusieurs mouvements. Par contre musicalement, Kintopp n’a pas grand chose à voir avec son précédent album.
Le disque s’ouvre par un étrange mélange de boucles superposées, une contrebasse, des nappes tournoyantes, divers instruments à cordes pincées, des percussions, des couinements de jouets en plastique, un piano répétitif, le tout progressant selon une lente évolution, au gré de l’arrivée de nouveaux éléments. Etrangement cette musique est particulièrement accrocheuse, on se sent happer par une sorte de douce brise qui se transforme progressivement en une tornade psychédélique, teintée de jazz et de minimalisme répétitif à la Steve Reich. Un kick de batterie fait son apparition, les instruments se calment, il ne reste que les nappes ambient et cette rythmique sourde, un peu comme si Plastikman rencontrait Brian Eno.
On ne s’en sortirait pas de citer toutes les références auxquelles cet album nous fait penser même s’il est vrai que c’est souvent vers les années 70 qu’elles se situent. On serait tenté parfois de citer Mogwai ou Godspeed You ! Black Emperor dans ses lentes montées (enchaînement de Tanz mit Mir et Boesewicht), mais c’est aussi une influence du rock progressif allemand. On ne peut s’empêcher d’ailleurs de penser à Tangerine Dream sur Schoene Fremde avec ses arpèges de basses hypnotiques.
Pour couronner le tout, ajoutez des passages de transe, de la musique indienne, des didgeridoos aborigènes, des chants et percussions africaines, des passages ambient vous projetant en pleine jungle amazonienne (Unterseeglaskuppelstadt), sans jamais former un empilement hétéroclite. Reuber procède à une véritable fusion de ces musiques pour en produire une nouvelle à la fois entraînante, émouvante, dépaysante, intéressante, étonnante.
Un artiste surprenant et qui n’a sûrement pas fini de nous étonner. Un disque à se procurer absolument, un trip autour du monde pour pas un rond !!!
le 08/05/2005