(Cock Rock Disco / Chronowax)
09/05/2005
Electronique

Troisième référence du label de Jason Forrest, Xylophone Jism est aussi le deuxième album de Dan Martin après Broken, paru en 2002 chez Planet Mu. Vu le genre de musique produite, Doormouse est plus dans son élément en signant chez Cock Rock Disco, avec comme il se doit un disque de breakcore halluciné.
On reste d’abord circonspect à l’écoute de Humanism qui ouvre l’album, avec cette impression d’être en terrain (trop) connu. En effet on retrouve la rythmique breakcore, les voix à la croisée du ragga et du hip-hop, et puis c’est finalement une véritable impression de chaos qui se dégage : samples venus de tous horizons, changements de rythme intempestif, tantôt rock, tantôt jazz, rires extraits de sitcom, basses granuleuses, dialogues de films. Ce chaos ne facilite pas l’accès à l’univers de Doormouse, mais c’est aussi de ces collisions que naît la richesse de sa musique.
Le piratage, l’appropriation est encore une fois à la base du genre : ainsi l’approche très jazz de Fuzz se voit entrecoupée de basses hardcore, de bruitages de jeux vidéos, de mélodies d’orgue kitschs et ce joyeux bordel nous met le sourire au lèvres. Impossible de faire l’inventaire complet de ce que l’on trouve dans cet album, mais des musiques de cabaret croisent des génériques de cartoon (Killing All Your Agressions), une guitare de rock FM flirte avec un piano de film muet, une musique de série TV s’enchaîne à un chanteur d’opéra qui lui-même fait suite à une mélodie de guitare country (Fried Chicken), la BO d’un vieux film de science-fiction et voit complétée par une trompette lançant un rappel de cavalerie sur The Ridgid Warmth et au chant noir américain de Swimming With Fishes répond la country de Carlinism...
Au fil de l’album, Dan Martin semble gagner en confiance ou peaufiner son style : Fried Chicken n’est pas moins dérangé que le début de l’album, mais ses enchaînement de samples sont aussi des collections de mélodies efficaces. Point d’orgue de l’album, Mathematics est aussi une pièce à part : mélodie de flûte, rythmique tribale de percussions africaines marquées par un gros kick électronique et la voix du savant fou du Pi de Darren Aronofsky.
Attention, Xylophone Jism ne plaira sûrement pas à tous les amateurs de breakcore. Si c’est bien une des composantes de la musique de Doormouse, sa musique est autrement plus complexe, et a rapprocher d’un big band de jazz dans lequel chaque musicien se produirait au sampler avec la même énergie débordante et des idées libérées de toute contrainte formelle.
le 23/07/2005