( scape / La Baleine)
29/03/2005
Electronique

Avec ce quatrième album solo, le troisième sur la structure berlinoise de Stefan Betke en un peu plus de deux ans, le Canadien Scott Monteith maintient la veine électro-dub entamée sur ses deux excellents opus Wild Life Documentaries et Something Borrowed, Something Blue. Il confère toutefois ici à son style de prédilection un visage plus varié et enjoué qui se démarque un peu du pénétrant caractère minimal de ces précédents travaux, et ce pas toujours avec bonheur.
Le disque commence bien, avec un ton presque funky par moments (le sémillant N’importe quoi et sa guitare synthétique), voire qui titille les frontières du dancefloor (Port-au-Prince et ses roboratifs clicks rythmés). Sur ce morceau efficace et plus complexe qu’il n’y paraît, on constate une innovation majeure dans la démarche du Canadien : le recours, sur quatre des dix morceaux du disque, aux vocaux de la chanteuse Athésia, ce qui lui confère un petit parfum exotique mais amoindrit peut-être un peu sa rigueur globale.
Le propos sait cependant se faire plus velouté, notamment dans l’envoûtant Abu Ghraib où, après deux minutes d’une intro froide et presque inquiétante, surgit une basse discrète mais ronflante avec motifs d’inspiration arabisante. Ce morceau, l’un des meilleurs du disque, se densifie progressivement, le ronronnement de la structure sous-jacente laissant place à de pertinentes divagations micro-électroniques ; il rappelle alors les passages les plus heureux de ses glorieux prédécesseurs. C’est en effet dans ses moments en apparence les plus simples que le disque est le plus beau : ainsi, O Little Town of Bethlehem, évoquant lui aussi le Proche-Orient, s’avère-t-il sobrement splendide une fois que l’on est entré dans le vif du sujet, comme une sorte d’ample complainte dub apaisante qui se renouvelle dans sa dernière portion avec l’apport d’une mélodie de notes claires qui, couplée au roulis général, procure à ce titre un final de toute beauté.
Malheureusement, l’inspiration de Scott Monteith s’affadit dans la deuxième moitié du disque. Ainsi, dans la même veine que le titre précité, Time is Passing Slowly fait un peu pâle figure, sans être rebutant pour autant, tandis que Rock of Ages et Ruination sonnent d’une façon trop conventionnelle, évoquant le dub sympathique mais pas toujours enthousiasmant que l’on pouvait entendre à l’époque sur des labels comme Planet Dog ou Universal Egg. C’est sur ce dernier titre que la voix d’Athésia est la plus pertinente : elle y prend une place majeure et lui confère un parfum trip-hop fort proche de Zero 7, Nicolette ou les vénérables Portishead, pour ne citer qu’eux. Pour nullement déplaisante que soit l’ambiance ainsi générée, le musicien nous avait habitué à un travail plus soigné et ambitieux sur les structures. De même, le début de Texas Tea ne convainc pas vraiment avec une rythmique un peu pesante et systématique, en dépit d’éléments plus avenants dans la mélodie ; heureusement cela s’améliore en cours de route lorsqu’une ritournelle réverbérée fait son apparition.
Cela nous conduit à penser que le prolifique Canadien ne manque pas de bonnes idées mais qu’il doit sans doute veiller à mieux les canaliser. Il semble avoir, sur ce disque, voulu injecter une myriade d’éléments et de styles qui ne font pas toujours bon ménage. Le morceau de clôture, Habitat for Heavy Hearts, est de meilleure facture que ceux qui le précèdent, constitué d’une nappe sinistre en flux et reflux et de sonorités évoquant le chant des grillons un soir en Provence, avec le ressac en toile de fond. Cette pièce réussie pêche cependant par sa relative brièveté, qui lui laisse un goût d’inabouti, et surtout par le manque de relief que lui confère sa position sur l’album, à la suite de trois titres en demi-teinte.
Les bonnes idées en question et la science persistante du Canadien dans la confection d’atmosphères, ici plus diverses que sur ses précédents opus, ne parviennent pas à masquer la relative déception que constitue cet album. On incitera donc plutôt le lecteur à se diriger vers ses deux prédécesseurs, en espérant un regain d’inspiration du musicien à l’avenir.
le 18/01/2006