(Divine Frequency / Import)
24/03/2006
Electronique

Centrozoon est un duo allemand qui existe également sous forme de trio dans sa version vocale. On ne trouve dans ce dernier album que Markus Reuter et Bernhard Wöstheinrich qui sortent ici une version aboutie, complète, de ce qu’ils présentaient déjà au festival ARS Electronica en septembre 2004.
Le duo se révèle être en marge de toute la production électronique actuelle tout en étant bien de son époque. Angel Liquor se compose de cinq pièces pour environ une heure, d’une musique que l’on qualifiera, pour résumer, d’ambient. Il s’agit en grande partie de nappes de claviers, de quelques guitares suffisamment traitées pour ne pas être reconnues, et de temps à autre de rythmiques, un peu déstructurées tout en n’ayant rien à voir avec de l’IDM. Centrozoon sort du lot par son côté faussement rétro : les sonorités utilisées pour les nappes, apparemment issus de claviers analogiques, font penser à d’autres allemands, à commencer par Klaus Schulze. La parenté est encore plus présente quand ces nappes semblent produites par des instruments acoustiques : une flûte errante, des cordes inquiétantes.
L’ambiance générale est loin d’être festive comme en témoignent les titres (Fear, Distress, Vertigo, etc...) mais en sortant des codes, en évitant les mélodies prévisibles, Centrozoon ajoute encore à l’inquiétude, laissant l’auditeur sans cesse dans l’attente, en suspend pendant des morceaux de 10-15 minutes... En effet, les enchaînements de nappes et les quelques élans de fausses flûtes sonnent abstraits, créent des mélodies imprévisibles, nous amenant vers une autre influence du groupe : la musique classique contemporaine qui semble ici étirée à l’infini. Le nombre d’instruments faussement acoustiques est d’ailleurs là pour appuyer l’impression d’ambient orchestrale.
Les rythmiques sont présentes, mais pas démonstratives. Un peu tribales sur Distress, elles se déconstruisent petit à petit et répondent aux mêmes codes que les nappes, dirigées par l’abstraction, la douceur et l’inquiétude.
Pris individuellement, chaque morceau s’avère à la fois plaisant et intéressant. Mais sur la longueur, on pourra regretter le manque de renouvellement pour un album qui au final risque de lasser. Pour les fans, les convaincus, ceux qui en viendraient à bout, une piste cachée (bien cachée d’ailleurs) viendra combler leur bonheur.
le 02/04/2006