Human Flesh

Songs For The Victims (From a Decaying Country)

(EE Tapes / Import)

 date de sortie

00/03/2006

 genre

Electronique

 style

Expérimental

 appréciation

 tags

EE Tapes / Expérimental / FinalCut / Human Flesh

 liens

FinalCut
EE Tapes

 autres disques récents
Bellbird
The Call
(Constellation)
Joe Harvey-Whyte & Geir Sundstøl
Langeleik
(Hubro)
Markus Guentner
On Brutal Soil, We Grow
(Affin)
Erik Klinga
Hundred Tongues
(Thanatosis Produktion)

Voici la première référence du label belge EE Tapes qui sort pourtant après trois ans d’existence en tant que tel et qui possède actuellement sept références à son catalogue. Avant 2003, cette structure dirigée par Eriek Van Havere produisait des CDr et même des cassettes depuis 1987. Le projet de cet album ayant pris un peu de retard, les références se sont suivies mais Human Flesh avait en quelque sorte réservé la référence EE01.
Si l’on ne connaissait pas Human Flesh avant cet album, on avait croisé Alain Neffe, chef d’orchestre du projet, en 2004 au sein du projet vocal The Chopstick Sisters, ou encore de Bene Gesserit.

Parlons d’abord de l’objet, absolument magnifique : format 7" dans une pochette en plastique, carton noir imprimé de taches d’encre noire, et à l’intérieur un carton toujours au format 7" avec photo imprimée en gris métallisé, et le CD, hermétiquement fermé dans son enveloppe. Sobre et propre.
Parlons ensuite de Human Flesh en reprenant tout simplement les propos de son maître d’oeuvre à la démarche atypique : le projet Human Flesh date de 1981 et cette musique est principalement enregistrée sur un studio 8 piste acheté d’occasion à l’époque. Les trois quart de l’album sont le fruit de 10 ans de travail (1985-1995) autour d’Alain Neffe et de ses amis, enregistrant pendant de longues sessions d’improvisation, choisissant telle personne pour qu’elle improvise sur une base existante, puis une autre pour ajouter textes et/ou voix. Une fois les enregistrements effectués, attendre au moins un an pour avoir oublier le morceau, et être ainsi vierge pour procéder au mixage avec la même spontanéité que les musiciens.

A l’écoute de cet album, on se dit que tout ceci tient du miracle et qu’il s’agit en fait d’un long processus de montage, de découpage, de mise en forme et d’effets soigneusement choisis et appliqués tellement l’ensemble s’avère propre, soigné, moderne.
Entre ce qu’on entend, les influences qui se devinent, la composition à proprement parler, cet album croise un esprit punk, des influences cold wave, des expérimentations sorties du GRM, du rock, de l’ambient, du jazz, et bien sûr de l’impro qui reste parfois tout à fait apparente. De fait, on ne sait par quel bout attaquer Songs For The Victims. L’album reste tout à fait cohérent car si les styles se percutent, tout est bien fait dans le même esprit et au final on ne voit pas des titres de 1985 et d’autres de 1995 mais bien un tout qui semble avoir été mixé à la même époque.

Si l’on trouve quelques instrumentaux, le travail sur les voix contribue peut-être à la cohérence du projet. La manipulation sonore est omniprésente, et celles-ci sont du coup déformées, transformées, régulièrement jouée à l’envers, les voix féminines sont magnifiquement mises en valeur, les langues étrangères apportent des sonorités nouvelles (texte japonais sur Shake It Up !), et les voix masculines, graves, nous ramène immédiatement dans les années 80. On imaginerait bien Tomorrow dans la discographie des Legendary Pink Dots par exemple (spoken word avec voix profonde, chant frôlant l’incantation, et mélodie de guitares). Alain Neffe est touche à tout et semble maîtriser aussi bien les machines que les guitares ou les cuivres si l’on en juge les impro jazzy de La loi du plus fort.
Sur Eerzame Burgers on a l’impression d’entendre une version allemande de The Cure remixé par le GRM (bruitages électroniques), et ce genre de mélange est assez fréquent : orgue presque naïf et expérimentations sur guitares saturées (Why Are We Silent ?), délires électroniques de To Sharon, ou l’étonnant mélange piano et guitare sur The Tragical Box entre classique contemporain et rock.
On appréciera tout particulièrement God Must Not Cry pour son épure (piano, voix avec effets d’orfèvre), et le duo Bullet / Two Little Ghosts (on a bridge over the highway). Bullet pour son ambiance folk quasi-mystique, sa voix entre plainte et murmure, ses notes délicates posées comme des signes de ponctuation. Two Little Ghosts pour son croisement d’ambient et d’impro où, sur des flottements de choeurs, voix, flûte et clarinette, un batteur improvise, et chaque percussion devient là aussi un signe de ponctuation.

Le dernier titre, placé à l’écart, à été composé plus récemment, à partir d’éléments piochés entre 1982 et 2005, un peu comme s’il s’agissait d’un condensé de 23 ans de production musicale. En un peu plus de 16 minutes, l’ambiance se fait changeante et les idées malheureusement un peu diluées. Très belle introduction avec voix chinoise, tintements de grelots, ambiance orageuse avec field recordings de Flavien Gillié (Final Cut), puis apparition de cordes, ambiance inquiétante, une sirène de pompiers qui passe, des voix encore à l’envers se font incantations, des nappes façon orgue grésillant, bouillonnements et final plus limpide à base d’une guitare espagnole flirtant presque avec le flamenco, mais sans s’y aventurer complètement.

Cet album est un objet étonnant, un OVNI au milieu des productions actuelles, peut-être parce que ses racines sont profondément ancrées dans le passé, tout en étant bien loin d’être kitsch ou daté. Songs for the victims est un disque moderne, à considérer comme un témoignage de la musique des 25 dernières années. Expérimental et sensible, sans concession et touchant parce que sincère.

Fabrice ALLARD
le 01/10/2006

À lire également

Final Cut
Denorme
(3Patttes)
V/A
Anatomy of a Maniac
(3Patttes)
Finalcut / Giscard le Survivant
Risques Partagés
(Disques Ragondins Mondains)