Blamstrain

Disfold

(Sending Orbs / Import)

 date de sortie

18/09/2006

 genre

Electronique

 style

Ambient

 appréciation

 tags

Ambient / Blamstrain / Sending Orbs

 liens

Blamstrain
Sending Orbs

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Troisième sortie de l’année pour cet excellent label néerlandais proposant des oeuvres triées sur le volet, de haute qualité et bénéficiant d’une esthétique hors pair. Après le formidable et fulgurant My Dogan de Kettel et le jouissif, quoiqu’un rien systématique, album de Yagya, Wouter Eising nous propose de plonger dans les méandres cotonneux et ferroviaires du jeune orfèvre finlandais Juho Hietala, dont ceci est le deuxième véritable album après Ensi paru chez Merck en 2003.

La pochette, signée comme toujours du graphiste batave Jeroen Advocaat, annonce d’emblée la couleur : on se croirait presque dans un tableau de Hopper avec ces personnages esseulés jouxtant un train de nuit immobilisé au coeur d’une cité moderne, la porte ouverte vers un voyage au long cours à travers un océan de sons. Après une mise en bouche ambient énigmatique lors des deux premières plages, peuplée de divers effets commençant déjà à titiller notre imaginaire, on entre dans le vif du sujet avec The Thing You Hate Me For Is Also a Part of The Rest of Me You Love - candidat sans doute pour le titre de morceau de l’année - où les textures se densifient, s’alourdissent, tout en flottant en dehors du temps qui passe. Le train a quitté la ville, il nous emporte vers un ailleurs enivrant dont on ne perçoit pas encore bien les contours, mais dont on sait dès les premières notes qu’on n’en manquerait la visite pour rien au monde.

Avec les 12 minutes de Nyt Revisited, on plonge au coeur de la jungle mi-paisible mi-inquiétante que le chef de train Hietala entendait nous faire découvrir. Sur un roulis embrumé, il pose une nappe discrète mais prégnante qu’il agrémente de textures craquelantes qui sont autant de tours de roues nous emportant sur leurs ailes. Nous sommes au coeur du son et du disque, emportés dans un chaud tourbillon. Aux deux-tiers du morceau, un second mouvement s’amorce, fait d’une nappe onctueuse et de petits glitches figurant les balises posées sur notre chemin. Sans doute approche-t-on de la mer, un parfum nous y fait penser. Mais les brumes nous enveloppent et nous rassurent ; le soleil est bien là, qui luit dans la neige.

Car nous avons bien affaire à un disque du nord, la parenté avec le sublime premier album de Yagya, Rhythm of Snow ou avec l’impeccable dernier opus en date de Biosphere Dropsonde se ressent. Variation de climats toujours avec Frame Math, long en bouche, subtile et contemplative mélopée ambient cédant la place à mi-parcours à de sourds craquements. Le train est sans doute entré dans un tunnel : ombre et lumière, vastes étendues auquel succède un confinement au coin du feu. On ne peut que constater la maîtrise dont fait preuve Juho Hietala dans la confection d’ambiances variées, délicates, puissantes et surtout éminemment évocatrices. Ce n’est pas tous les jours qu’on a le rare plaisir d’être confronté à une oeuvre aussi subtile et travaillée, plaçant en éveil tous les sens, nous extrayant de la gangue du quotidien pour nous propulser en quelques battements de textures complètement ailleurs. Seule la musique électronique permet de tels voyages.

Avec Revelation 21:1, le propos s’apaise, rassure mais fait frissonner, telle une ample brise marine. Le morceau est construit autour d’une nappe implacable, en flux et reflux. Sans s’en apercevoir, on amorce la pénultième étape de notre périple avec Spring/Summer et son atmosphère plus chaude, plus organique, mais tout aussi enivrante. C’était peut-être un voyage de nuit et notre train, engourdi, voit poindre la lueur du matin. Le trajet s’achève avec l’intense A Song for Jonas, archétype de ce que peut être une montée ambient en tension à couper le souffle, jusqu’à son terme qui assomme et soulage tout à la fois. Les machines s’arrêtent, les voyageurs descendent mais ne sont pas prêts d’oublier l’expérience qu’ils viennent de vivre.

Incontestablement l’une des oeuvres les plus marquantes de 2006, cet album envoûtant confirme le talent impressionnant de son jeune auteur qui nous offre ici un enivrant tourbillon de sons impeccablement construit et soigné.

Gilles Genicot
le 16/01/2007

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