Siestes Electroniques 2007 : Appleblim / Henning Specht / Fujiya & Miyagi / Château Flight / Pigna People

 date du concert

30/06/2007

 salle

Prairie des Filtres,
Toulouse

 tags

Château Flight / Festival des Siestes Electroniques 2007 / Fiendish Fib / Hypnolove / Mat-101 / Prairie des Filtres

 liens

Hypnolove
Festival des Siestes Electroniques 2007
Château Flight

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Comme on le disait dans notre premier article dédié aux Siestes Électroniques, changement de lieu cette année puisque les siestes se déroulent dans la Prairie des Filtres, un parc beaucoup plus grand que le Jardin Raymond VI, avec vue sur la Garonne. Cadre tout aussi sympathique, avec de grands arbres pour bénéficier d’espaces ombragés un peu plus vastes.
On se fera avoir en recherchant la tente abritant la scène, mais la seule tente visible n’héberge que le backstage. La scène quant à elle est complètement découverte, mais c’est sous un ciel bleu et des températures estivales que débutent ces concerts.

Après une trentaine de minutes avec Radio Campus (interviews d’artistes présents aux Siestes, diffusions de quelques titres), c’est Appleblim qui a la lourde tâche d’ouvrir le festival. Petite déception, puisque cette figure montante du dubstep ne nous proposera qu’un DJ set. Qu’à cela ne tienne, puisqu’il diffuse ses propres titres, cela nous donne un bon aperçu de ses productions. Connaissant assez mal le genre, on est plutôt conquis par ce mélange de basses profondes issues du dub, et de ces rythmiques empruntant autant à l’electronica qu’aux musiques tribales. C’est joliment fait, riche et subtil, ça peut s’écouter dans un esprit "siestes", allongé au soleil ou faire danser en club. Les mélodies sont rares, mais régulièrement quelques petits sons aériens font leur apparition, une guitare limpide se faufile, et on flirte logiquement avec le reggae à quelques reprises.

On poursuit avec la scène locale puisque Henning Specht est toulousain. Si ce projet solo nous est inconnu, on connaissait déjà Henning Specht pour sa participation à des groupes aussi variés que Fiendish Fib et Hypnolove. Il débute son set seul aux machines, sonorités aquatiques et cris de mouettes, claviers aux mélodies sucrées, chant en allemand. Petite électro-pop attachante.
Il recevra ensuite un peu d’aide puisqu’une jeune femme aux claviers et un batteur viendront l’accompagner, sans que la tonalité générale ne change. Parfum délicieusement rétro, jolie voix, interaction entre sa voix et les machines qui génèrent des choeurs en fonction de ce qu’il chante, Henning Specht aligne les tubes que le public pourrait reprendre en choeur. Petit à petit le ton monte un peu, on décèle quelques influences funky, l’électronique se fait plus marquée, les chansons plus plus dansantes, il ressuscite la disco et prend visiblement du plaisir à jouer aux Siestes. Un dernier titre plus calme, en hommage à son père décédé, et Henning Specht sera l’une des belles découvertes de ce festival.

Jeunes stars de la journée, Fujiya & Miyagi ne laisse généralement pas indifférent. Ils ont vraisemblablement leurs fans et leurs détracteurs. N’ayant pas encore choisi notre camp, on tentera de faire abstraction de tout ça en se concentrant sur ce set. Bon déjà on peut trouver douteux de prendre un nom de groupe aux consonances japonaise alors que ce trio est basé à Brighton. Ensuite le premier titre qu’ils jouent est parsemé de "Fujiya Miyagi" qu’ils murmurent. Pour ceux qui n’auraient pas compris, Fujiya & Miyagi sont sur scène !!
Passons. Leurs chansons empruntent autant au post-rock/krautrock, (ils sont d’ailleurs fans de Can), qu’à la pop ou aux musiques électroniques. Elles sont parfaitement exécutées, les grooves très marqués, peut-être influencés par le hip-hop aussi, avec un phrasé (plus qu’un chant) généralement feutré. La formule est assez inhabituelle pour retenir l’attention, les titres sont accrocheurs et font battre du pied.
Chansons parfaitement exécutées nous disions, mais cela peut-être aussi un inconvénient. Aucune humanité dans ce concert où les trois musiciens ont l’air de s’emmerder, d’être là pour faire leur set et puis repartir. On se demandera si c’est le flegme britannique qui est ici à l’oeuvre, ou s’il s’agit d’une posture volontaire, auquel cas cela semble être ici un mauvais calcul, en particulier après le set de Henning Specht ! Du coup comme il n’y a rien a voir sur scène, on va voir des gens au bar et prendre une bière.

Stars confirmées ensuite, puisque c’est au tour de Château Flight de prendre possession de la scène. Nous n’avons jamais vraiment pris le temps de nous intéresser à ce projet sur ces pages, projet qui réuni Gilbert Cohen, Nicolas Chaix plus connus respectivement sous les pseudos de Gilb’R et I:Cube dont nous avions adoré le deuxième album justement intitulé Adore (1999). Peut-être que depuis les Daft Punk et tout le buzz French Touch, nous avons fuit tout ce qui pouvait se rapprocher de cette scène.
Séance de rattrapage donc, et grosse surprise. Les deux hommes sont au laptop et débutent leur set de manière très expérimentale, collage de bruitages sonores, textures grésillantes, clics inquiétants, basses oppressantes, cris plaintifs, bref un travail cinématographique qui peut peut-être donner une idée de la BO qu’ils ont composé pour le film Les Vampires de Louis Feuillade à l’occasion de divers ciné-concerts. Petit à petit les rythmiques vont faire leur apparition, le tempo s’accélérer doucement, oscillant entre techno et house sans jamais vraiment rentrer complètement dans un style, optant pour un tempo lent avec des sonoités lourdes, passant par une techno minimale, ajoutant toujours quelques sonorités venant titiller l’oreille là où l’on ne s’y attendait pas, pour arriver au bout d’une demie heure à des tueries mélodiques et mécaniques pour dancefloor. Leur background de DJ en fait des meneurs de foule hors paire. Les premiers danseurs se lèvent et leur nombre ne fera qu’augmenter jusqu’à la fin de leur set. De notre côté on regrettera un peu de facilité sur le dernier quart d’heure, en alignant house filtrée et mélodies acides, mais cela restera LE live de la journée.

Pour finir, les italiens de Pigna People, trio composé de Marco Passarani (également en DJ pour la soirée club à suivre), Francesco De Bellis et Mario Pierro, ces deux derniers formant Mat-101 que l’on avait déjà pu voir lors du festival Batofar cherche Italie. Annoncés comme l’événement de la journée, il fallait faire vraiment très fort pour nous convaincre après le set de Château Flight. Après un début plutôt convaincant mais sans plus, dans un style techno aux sonorités analogiques soyeuses et aux basses puissantes, on se met à regretter le manque de nouveauté, que les Pigna People se contentent de reproduire ce qui fonctionnait il y a quelques années. Certes ce qui marchait à l’époque est toujours aussi efficace, et alors que la nuit tombe doucement sur Toulouse, la Prairie des Filtres se transforme gentiment en free party.

Fabrice ALLARD
le 01/07/2007

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