01/07/2007
Prairie des Filtres,
Toulouse
Festival des Siestes Electroniques 2007 / Greg Haines / Kammerflimmer Kollektief / Prairie des Filtres / Xela
Dernier jour de sieste pour cette édition 2007, et la météo se fait menaçante pour une affiche des plus excitantes, avec en tête le Kammerflimmer Kollektief et Xela.
On arrivera sur les lieux un petit peu en retard, ratant a priori le premier quart d’heure du set de Echo, le toulousain du jour. On ne savait pas trop à quoi s’attendre si ce n’est que le programme évoquait des influences de My Bloody Valentine et une pop à la beauté glacée. Ca reste suffisamment large pour laisser la place à pas mal de choses, et si on notera un son particulier chez Echo, celui-ci s’amusera à changer de temps à autre de registre. On a tout d’abord droit effectivement à une sorte de cold wave mise au goût du jour avec nappes de guitares lourdes et rythmique électronique, jolie voix, douce et un peu désenchantée. C’est plutôt efficace, et assez surprenant sur scène puisque Echo est le projet d’un seul homme, largement aidé de son laptop donc, pendant qu’il chante et se démène sur scène. L’artiste fait preuve d’un certain sens de l’humour, en particulier sur lui-même, et ne se prend pas au sérieux, ce qui permet de trouver un certain équilibre avec sa musique.
Petit changement de registre sur la deuxième moitié du concert, avec tout d’abord un duo avec une jeune femme pour une chanson douce au tempo plus posé, puis un instrumental exécuté à la guitare acoustique (au niveau sonore un peu trop bas pour pleinement l’apprécier) et toujours accompagné du laptop. Les derniers titres lui permettront de revenir à une électro-pop un peu sombre, mais cette fois plus nettement dominée par l’électronique. Globalement une excellente surprise, un personnage attachant pour qui on a envie que ça marche !
On enchaîne avec Xela que l’on nous présentait la veille comme artiste produisant une musique douce, bucolique, rêveuse. Rien de tout cela aujourd’hui. John Twells prend place derrière une table recouverte de petits appareils électroniques (effets, tables de mixage, vieux magnétophone, etc...) et se trouve accompagné du jeune violoncelliste Greg Haines. On se dit que la veine folk du dernier album va ici s’orienter vers un certain néo-classicisme. Rien de tout cela non plus. C’est un set extrêmement expérimental qui nous sera offert, largement improvisé et basé sur le traitement du son en temps réel. Large place accordée au violoncelle plaintif, petits tintements de cymbales lointains, John Twells qui fait des "lalala" tout aussi désespérés. C’est lent, les nappes de cordes perturbées sont samplées et Greg Haines s’excite de façon ahurissante sur son instrument, à se demander parfois s’il ne va pas le fracasser par terre. Retour au calme.
Les deux hommes jouerons une seule plage composée de plusieurs mouvements reprenant le même principe. Sample et traitement en direct de la voix de Xela et du violoncelle, enregistrement des cordes sur le vieux magnétophone qui passe en avant rapide pour créer un effet de scratch, coups donnés sur le corps du violoncelle, notes grinçantes sous le frottement de l’archet, création de textures bruitistes, et le violoncelliste qui prend une bouteille de vin, vient la cogner contre le bord de la scène jusqu’à ce qu’elle se casse. Il quitte la scène, Xela continue à travailler sa texture et a fredonner son chant plaintif, jusqu’à l’arrêt brutal du bruit qui laisse alors apparaître le bruit de la bouteille contre le bord de la scène, qui avait alors été samplé sans que l’on s’en rende compte.
Au regard de la force de cette grosse vingtaine de minute, la suite ne sera que du remplissage : Xela superpose ses voix, le violoncelliste revient, les doigts en sang, pour produire quelques grincements, tout semble improvisé et sans aucune ligne directrice pour arriver à un concert d’une grosse demie heure. Un concert surprenant.
Arrive alors l’un des concerts que l’on attendait le plus : le Kammerflimmer Kollektief. Un peu d’inquiétude alors qu’ils s’installent, quelques gouttes commencent à tomber. Sur la scène non abritée, contrebasse, harmonium, guitare et machines. Les trois artistes débutent leur concert un peu inquiet, mais les premières notes nous ravissent et on profite de l’instant présent. Contrebasse mélancolique jouée à l’archet, bientôt rejointe par l’harmonium, et la guitare cristalline. Ambiance un peu lourde, grave. Au loin un éclair, des craquements dans les enceintes, et le tonnerre qui gronde vient magnifiquement se mêler à la musique. Les organisateurs décident alors d’arrêter le concert.
Mesure de sécurité certainement, mais ils enlèveront tout le matériel, enrouleront les câbles, bref, ca semble être la fin du festival. On n’ose y croire, on reste sur place, la pluie s’arrête assez rapidement et l’orage s’éloigne. Le temps de remonter tout le matériel, d’ajouter une tente pour protéger la scène, et le groupe allemand reprendra son concert une heure plus tard.
Le ton change un peu : rythmique électronique, influences de musiques indiennes avec notamment le chant de Heike Wendelin. C’est là aussi qu’on se rend compte du progrès fait sur ce festival au niveau de la qualité du son. S’ils avaient tendance à avoir un peu de mal avec les sets acoustiques, ici c’est un véritable enchantement, qui plus est pour un concert en extérieur. N’ayant pas encore écouté le dernier album, on est un peu surpris par les morceaux joués ici, moins bricolés avec des collages sonores, globalement moins improvisés qu’on ne s’y attendait même si un titre ou deux sonnent très free. L’ambiance générale est envoûtante, l’apparition de la voix y est toujours atypique (onomatopées syncopées par exemple), leur musique apparaît d’autant plus fragile que quelques gouttes de pluie peuvent l’interrompre, et on trouvera logiquement ces 40 minutes particulièrement précieuses. Instant magique.
La pluie ayant un peu perturbé l’organisation de la journée, c’est Todd Terje qui prend le relais. La table sur laquelle se trouve son matériel est déjà prête, rapidement placée devant la scène, deux ou trois branchements et le jeune Norvégien débute son DJ-set puisqu’il ne s’agira que de mixage. Il faudra un peu de temps pour que les choses se mettent en place. Pour commencer, une musique plutôt lounge, avec chants d’oiseaux, guitare cristallines, ambiance Copacabana (la température et le soleil en moins). Pendant ce temps on voit les techniciens qui s’affairent juste derrière Todd Terje afin de préparer la scène pour Joakim. Assez moyen...
Le public semble distrait mais le Norvégien reste imperturbable et passe ses disques tranquillement. Le mixage est parfois approximatif, mais le style évolue doucement, se fait un peu plus dansant avec une sorte de minimale disco, puis on aborde les années 80, plus électroniques, avec notamment le Spasticus de Ian Dury qui mettra tout le monde d’accord. A la console, les techniciens ont monté le volume, tout le monde se lève et se met à danser jusqu’à la fin du set. Gilb’r et I:Cube qui jouaient la veille en tant que Chateau Flight sont apparemment fans, et prennent des photos du jeune prodige à la culture musicale effectivement particulièrement large.
Il suffit d’enlever la table derrière laquelle se produisait Todd Terje pour laisser place à la scène qui a été préparée pour Joakim, aujourd’hui présent avec son groupe, The Ectoplasmic. Batterie, guitare et synthés analogiques, on se demandait comment le public maintenant chaud allait aborder ce set. C’était, avouons le, ne pas connaître Joakim que d’avoir ce genre de doute. En effet, dès le début, et même si le groupe mélange une instrumentation rock aux machines, le résultat est très dansant. La rythmique tape dur et fait concurrence aux boites à rythmes, les guitares sont ultra mélodiques, et les machines sont alternativement prétextes à bidouillage ou mélodies minimales à l’image du kraftwerkien Lonely Hearts.
Au fil du set, tout le monde de rapproche au pied de la scène alors que nous avons une immense prairie pour nous, comme pour être en communions avec les artistes. Joakim jouera un morceau seul avec ses machines, et le groupe reviendra jusqu’à ce que les organisateurs mettent fin aux festivités qui n’étaient apparemment pas prêtes de lasser le public.
Énorme surprise et excellent set de clôture pour un festival toujours de très haute tenue.
le 16/07/2007