26/06/2007
Instants Chavirés,
Montreuil
En arrivant aux instants ce soir on nous annonce un changement de programme, ce n’est pas vraiment Skaters qui va jouer, mais une moitié du groupe seulement (Spencer Clark), accompagné pour l’occasion par un ami belge. James Ferraro quant à lui est resté bloqué en Angleterre pour une histoire de visa périmé (ça devient une habitude : il y a quelques semaines déjà, Evan Parker avait failli ne pas pouvoir venir pour défaut de papiers d’identité). Alors que la musique de Skaters se joue agenouillé le nez dans l’ampli, les deux musiciens sont installés face-à-face, avec chacun leur barda sur une petite table. Clark joue à gauche, avec deux synthés-jouets Casio SK-1 et un gros delay. Son compère a un synthétiseur un peu plus gros et s’amuse avec des cassettes. Ils jouent un peu de tout en même temps, superposant les nappes à la va-comme-je-te-pousse. L’empilement des différentes strates est trop rapide pour que l’on puisse pleinement profiter des sons nouvellement ajoutés. Les sonorités sont très pops, grâce aux synthés, mais cela manque de relief, de petits thèmes saillants qui accrocheraient l’oreille. Quand ils saisissent chacun un micro, on se dit que le concert va avoir une autre dimension, mais ce moment sera court, car tout est déjà terminé. Bref c’est une petite déception en regard aux disques de Skaters, mais pour une collaboration au pied levé, c’était tout de même fort honorable.
Taurpis Tula est originellement le groupe de David Keenan et Heather Leigh, et accueille aussi depuis deux ans Alex Neilson, qui lui jouait avec Keenan au sein de Tight Meat Duo. Leigh est à la pedal steel, et c’est très emballant car elle utilise un spectre de sons nettement plus large que ce qu’on trouve d’habitude dans le blues ou la country, et notamment de la saturation ainsi que des accords brefs et nerveux. Keenan aime bien Brotzmann et Gustafsson, et essaie de jouer
comme eux. Ce n’est pas forcément nouveau, mais il y a de l’énergie dans son jeu. Neilson lui est clairement plus interessé par les sonorites de sa batterie que par l’idée de tenir un rythme. Cela donne de jolies choses quand il se sert de sa caisse claire comme d’un tambour militaire : c’est une jolie boucle sur l’origine et l’histoire de l’instrument. Mais cela semble également confus, et on ne retrouve pas ce qui nous avait plu dans ses précédentes apparitions, ses collaborations avec Richard Youngs par exemple.
En fait, c’est l’ensemble du groupe qui n’est pas très convaincant : on n’a pas vraiment l’impression qu’ils s’écoutent entre eux, ou qu’il y en ait un qui essaie de vraiment improviser (qu’on ait par exemple l’impression que à ce moment du concert, c’est ce geste-là, ce son-là qu’il fallait faire et pas un autre). Ils se contentent de faire du bruit ensemble, et comme souvent, ça marche plutot bien. Il y a de très bon moments, notamment dûs à l’apport des sonorités de la pedalsteel. Cela évite à la musique du groupe de tomber dans l’ornière du free-jazz convenu. Et le free-jazz pas inventif, c’est non seulement paradoxal, mais aussi très ennuyeux.
le 19/07/2007