(Shitkatapult / La Baleine)
00/05/2007
Electronique

Cela fait un petit temps que nous n’avions plus eu l’occasion de parler des travaux discographiques de Sascha Ring, tout en pouvant écrire tout le bien que l’on pense de ses prestations live (Panoptica 2005, Beursschouwburg 2006). Après ses excellents premiers disques d’electronica foisonnante, desquels on rapprochera le Shapemodes ep paru sur le regretté label Neo Ouija, Apparat nous a gratifié du fulgurant Silizium ep, de nouveau sur "son" label Shitkatapult, avant de s’acoquiner avec Mademoiselle Ellen Allien pour un Orchestra of Bubbles mutin et jouissif qui fut l’une des sensations de l’an dernier.
Avec Walls, nouvel effort solo, exit l’electronica grésillante et mélancolique des débuts et place à une succession de plages enjouées, riches en cordes (Not a Number, décliné en clochettes ludiques ; Useless Information ; Birds en flotaison) ou en ambiances réverbérées (l’excellent Limelight, l’un des sommets du disque ; le délicat morceau de clôture Over and Over). Apparat, sur disque ou sur scène, est un maître absolu de la superposition de couches, de nappes fragmentées mais douces, de la juxtaposition de couleurs, d’ambiances, de sons étourdissants, en un entrelacs subtil et élégant. Ainsi de Fractales, morceau de bravoure trônant au milieu du disque, qui, en deux parties, passe d’un paysage de cordes onctueuses à une contemplation reposée, avant d’embrayer vers un final virevoltant.
La particularité de l’album, qui devient fréquente parmi les artistes (ex-)electronica, est de faire la part belle aux morceaux chantés (6 sur 13), soit par Raz Ohara (aka Patrick Rasmussen, qui oeuvre chez Kitty-Yo, Ware, Kanzleramt ou Huume), soit par Sascha Ring lui-même. Comme à l’accoutumée, ces morceaux nous enflamment moins - confirmant encore que le chant bride l’ambition des textures -, mais ils confèrent à l’album une coloration très pop et légère qui n’est pas déplaisante, en particulier sur Arcadia où d’amples cordes sont encore une fois présentes et où la voix de Sascha évoque celle, fluette et chaleureuse, d’un Jay-Jay Johanson.
Au final, Apparat nous offre ici un album varié, léger et doux, profond, travaillé et ample, mais relativement court (46 minutes) et qui laisse peut-être se succéder les plages un peu rapidement, sans toujours laisser les multiples idées se développer jusqu’à la plénitude. Si bien que - point positif - l’auditeur n’est jamais lassé et n’a pas le temps d’être inattentif, mais - point négatif - l’impression d’ensemble est un brin primesautière, comme un collage de vignettes ne délivrant pas toutes leurs promesses. Que ces bémols ne ternissent pas l’immense talent d’un orfèvre du son à mettre dans toutes les oreilles !
le 07/10/2007