18/12/2007
Les Voûtes,
Paris
Adam Wiltzie / Ali_Fib / Brian McBride / Felix / Les Voûtes / Lucinda Chua / Stars of the Lid
Près de six ans après leur dernier passage en date et alors que l’excellent And their Refinement of the Decline avait paru au printemps, Stars of the Lid firent escale à Paris dans la petite salle des Voûtes. Après plus d’une heure d’attente dans ce glacial froid de décembre en raison d’embouteillages retardant l’arrivée du duo, on put enfin pénétrer dans la pièce pour assister tout d’abord à une prestation du Néo-Zélandais Peter Wright.
Celui-ci ressemble à Snape dans Harry Potter. De longs cheveux noirs lui tombent dans les yeux, et la lumière de son laptop accentue la pâleur de son visage. C’est la seule concession qu’il fit pour plaire au public. Il passa un petit moment à mettre en place sa cascade d’effets numérisés sur son ordinateur. On y trouva de la distortion qui crachouille toute seule et de nombreux delays pour créer des nappes. Une fois ces réglages effectués, il put se concentrer sur sa guitare à 12 cordes, à la tête de laquelle il a rajouté un micro piézo-électrique. C’est que le bonhomme ne fit pas montre de virtuosité à la Larkin Grimm. Son truc c’est plutôt de maîtriser les micro-vibrations qu’il inflige aux cordes et au manche, de manière à créer un drone de plus en plus puissant. Derrière lui fut projeté un film avec des musiciens de rue jouant sur un pont, dans une ambiance mittel-europa. Est-ce un moyen de souligner la singularité de sa musique en l’opposant aux ritournelles qu’on entend dans le métro ? Cela eut au moins le mérite de changer de l’esthétique indie des lignes électriques et autres friches industrielles filmées en super 8 (et si possible avec couleurs virées). Les drones lancinants avaient laissé notre esprit vagabonder, mais on fut à nouveau amené à se concentrer sur la musique : les riffs de guitare se firent plus insistants, le son explosa dans les amplis réglés pour de simples gratouillis de corde, ce virage final vers un rock plus dur conclut en beauté la performance.
Après un changement d’installation vidéo et lumineuse rendu délicat par l’attroupement dans la salle, Stars of the Lid prirent place sur scène. En sus d’Adam Wiltzie et Brian McBride, trois jeunes femmes étaient présentes au centre de l’espace : deux violonistes et une violoncelliste (Lucinda Chua dont on peut par ailleurs apprécier les talents de photographe comme de musicienne où elle opère sous l’alias Felix, pour un excellent split 7" avec Chris Herbert paru cet été et avant un album à sortir en 2008). Dès les premiers accords de clavier et nappes de guitare, on reconnut le son du groupe : enveloppant à l’extrême, à la fois très lumineux et légèrement métallique, semblable à un grand orgue d’église. Pendant que ces textures s’entremêlaient, le trio de cordes proposait des partitions parfois plus mélodiques, parfois davantage axées vers l’ambient pure.
Comme on pouvait s’y attendre, le groupe choisit d’opérer sur la durée, mais, à l’inverse de Peter Wright, dissocia ses différents morceaux, laissant le public applaudir chaque titre, avant de repartir de plus belle pour un nouveau titre d’une dizaine de minutes. Pendant tout le set, comme pour la première partie, des films furent projetés sur le mur du fond. Joliment couplés à des halos de lumière, ces films 16mm, présentaient la fois cette grâce un peu surannée de l’old-school arty et cet appel à la divagation un rien facile dans son adéquation à la musique jouée par le quintet. Outre leurs propres morceaux, Stars of the Lid reprirent le Fratres d’Arvo Pärt, influence logique et revendiquée des États-uniens et parvinrent sans peine à captiver l’auditoire par cette précision dans les empilements de couche mêlée au caractère diffus du résultat. Permettant ainsi d’apprécier aussi bien les composants pris individuellement que l’agrégat d’ensemble, la prestation de ce soir confirma sans problème notre engouement pour cette formation phare de Kranky.
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le 08/01/2008