TransArdentes : Stephan Bodzin / Mathew Jonson / Steve Bug / Carl Craig

 date du concert

26/01/2008

 salle

Halles des Foires de Coronmeuse,
Liège

 tags

Carl Craig / Halles des Foires de Coronmeuse

 liens

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C’est un constat réjouissant et revigorant : depuis deux ans environ, le son minimal, pop et synthétique, emballant et mélancolique, ravive en profondeur une scène techno qui commençait sérieusement à tourner en rond. On ne compte plus les artistes ayant sorti sous cette bannière des disques éminemment jouissifs : Trentemöller, Booka Shade, Dominik Eulberg, Fairmont, Gabriel Ananda, Gui Boratto, Guy Gerber, Lawrence, Matzak, Robert Babicz, Oliver Koletzki... sans compter la foule toujours croissante de musiciens enthousiasmants dont on attend toujours les premières sorties CD.

Au sein de cette scène foisonnante, une place spéciale doit être réservée à Stephan Bodzin, auteur en 2007 du formidable Liebe Ist... dont l’écoute renouvelée dévoile peu à peu tout le potentiel. On saura dès lors gré aux organisateurs des TransArdentes, nouveau pendant électronique hivernal des Ardentes liégeoises estivales, d’avoir convié l’Allemand pour un set live d’1h30. Installé au premier rang de la vaste Pyramid Room, nous pûmes goûter chaque miette des envolées virevoltantes, des mélodies délicieuses et de la rythmique onctueuse qui caractérisent des tubes comme Kerosene, Turbine ou le titre éponyme de l’album. Stephan se montra d’un enthousiasme communicatif, accompagnant chaque variation d’une gestuelle descriptive, empoignant à plusieurs reprises une sorte d’archet électronique produisant une saturation métallique typique du son minimal et n’hésitant pas à s’attarder à la fin de son set pour signer de nombreux autographes, au grand plaisir d’un auditoire conquis.

On a pu constater, au long de la soirée, une relative désaffection de la salle techno, de nombreux spectateurs - ils étaient au total près de 9.000 - préférant les deux salles annexes où nous ne nous sommes que très brièvement aventuré. L’une, dédiée à la drum’n’bass, nous permit de constater que ce style fait toujours recette en 2008. Ambiance surchauffée, à un point tel qu’elle était proprement irrespirable et intenable, et spectateurs euphoriques, notamment lors du set du maestro Goldie qui tenait la tête d’affiche. L’autre proposait un programme que l’on pourrait qualifier de "pop juvénile" avec deux live acts dont l’on se demande un peu ce qu’ils venaient faire ici (The Whip et Does It Offend You, Yeah ?) et des DJ sets de Goose, Sebastian, Erol Alkan et l’imparable Felix Da Housecat en point d’orgue... à 4h du matin. Inutile de dire que nous n’avons pas insisté.

En revanche, les 5 heures passées quasi exclusivement dans la salle techno se révéleront très plaisantes. Après Stephan Bodzin, c’est Steve Bug, un autre Allemand, qui prenait place aux manettes. Connu pour son passé techno-trance à la mode Superstition, il privilégie désormais lui aussi - notamment par le biais de nombreuses sorties sur son propre label Poker Flat - les sonorités minimales et presque techno-pop. Son set commença assez moyennement mais se termina par une belle envolée synthétique et mélodique. Très agréable "surprise". On n’aurait en revanche rien attendu de Dave Clarke, dont la technique éprouvée a certainement ravi les clubbers jusqu’à la fine pointe de l’aube dominicale, et nous n’aurons pas la patience et le courage d’attendre la prestation de Josh Wink.

L’autre gros morceau de la soirée pour nous, c’était le live du Canadien Mathew Jonson, dont nous aimerions vivement voir apparaître bientôt un long-format. Ses productions assez rêches et house prennent en live une coloration plus subtile assez réjouissante, avec des nappes électro-jazz évoquant par exemple Galaxy 2 Galaxy, des notes métalliques clairsemées et des beats très (trop) prononcés mais suffisament évolutifs pour ne pas lasser. L’artiste se situe dans le sillage des vétérans de Detroit (Juan Atkins, Derrick May, Kevin Saunderson) mais convoque aussi l’héritage bienvenu de Larry Heard, Kenny Larkin et Stacey Pullen notamment. Autrement dit, une panoplie sonore allant de la techno à la house et du jazz au funk en passant par l’électro proprement dite. Et, somme toute, un cocktail très alléchant.

Il nous restait encore à profiter du DJ set de Carl Craig, dont l’on ne vantera jamais assez les productions nombreuses, diversifiées et d’une très grande qualité. C’était prévisible, sa prestation ne témoigna pas de la même subtilité que ses compositions ; il reste que sa science du mix éprouvée, ses alternances entre mélodies robotiques et rouleau compresseur typiquement Detroit ont incontestablement conquis le parterre ainsi que nos oreilles, même si dans l’absolu celles-ci eussent espéré plus d’audace et d’amplitude, à l’image des sets mémorables de Kenny Larkin et Stacey Pullen auxquels nous assistions médusé il y a bien longtemps déjà.

Deux lives excellents et une batterie de DJ hors pair, c’en était assez pour nous satisfaire et assurer un réel succès à cette nouvelle manifestation électronique liégeoise d’envergure. Espérons que ses organisateurs sauront se montrer exigeants à l’avenir et ne pas céder à la facilité d’une programmation exclusivement clubbing, dont l’on ne peut que dire que ses limites ont été atteintes depuis longtemps.

Gilles Genicot
le 27/01/2008