Antoine Bataille

 date du concert

31/01/2008

 salle

Les Déchargeurs,
Paris

 tags

Antoine Bataille / Les Déchargeurs

 liens

Antoine Bataille
Les Déchargeurs

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Immédiatement après avoir écouté quelques titres sur la page MySpace de ce jeune artiste, nous avons voulu passer au stade de la découverte sur scène. Français, 26 ans, Antoine Bataille nous donne d’abord l’impression de jouer dans la cours de Max Richter, mêlant compositions néoclassiques et électronique. C’était une vision limitée à quelques extraits, le concert nous permet de mieux cerner l’artiste.

Nous voici au Théâtre Les Déchargeurs avec l’ambiance qui lui est propre, un certain décalage entre le fait d’aller à un concert et de se trouver dans un lieu où se joue des pièces de théâtre. Le concert se déroule au sous-sol, dans une minuscule salle où l’espace réservé au public est à peine plus grand que l’espace scénique. On trouve là le piano d’une part, un clavier et des machines d’autre part, et entre les deux une série de pédales d’effets et sampling. La salle s’obscurcit et le concert débute par un film d’animation dans lequel un petit garçon court, se cache derrière un mur, l’air un peu sauvage. Antoine Bataille apparaît alors sur scène, vêtu d’amples vêtements noirs, petites lunettes rondes, pieds nus, a mi-chemin entre le cliché de l’artiste et le saltimbanque. Complètement courbé sur son piano, il délivre de délicates mélodies d’une certaine justesse, toujours très touchantes, posées et modernes sans pour autant abuser de sophistication. Jusque là on est en terrain connu, fidèle à ce que l’on avait pu écouter. Et puis Antoine Bataille se tourne vers nous et murmure des textes que l’on a un peu de peine à comprendre. On a l’impression qu’il se fait écho des doutes et des craintes du petit garçon du film d’introduction, appuyant ses textes de gestes tendus, nerveux, révélant une certaine dureté qui contrebalance avec la douceur de sa musique. L’artiste se tourne encore sur sa droite et rejoint clavier et machines. Accompagnements et mélodies de piano tournent en boucle, samplés par les pédales, puis l’électronique s’en mêle, ajoutant arpèges et mélodies nasillardes. Le concert d’une heure sera un va et vient perpétuel, entre l’acoustique et l’électronique avec la voix qui régulièrement fait la jonction, dessinant un univers à la fois tendre, doux, nostalgique comme si ce jeune homme regardait en arrière en se rappelant le temps où il n’était qu’un enfant (celui que l’on voit dans les projections ?), insouciant, mais aussi dur, d’une violence contenue, tentant de chasser ses démons intérieurs.
Musicalement c’est bien autre chose que la musique néoclassique à laquelle on s’attendait. On y trouve des compositions modernes et contemplatives, mais aussi des élans d’improvisation. Sur ce plan là, l’influence annoncée de Keith Jarrett est assez juste. On pourra y trouver aussi des ambiances à la Yann Yiersen (regrettables pourrait-on dire, mais décrivant si bien cette nostalgie de l’enfance), et des brouillages électroniques légèrement psychédéliques. Au final un univers assez inédit dans lequel nous avons pris plaisir à nous plonger et que l’on espère pouvoir retrouver prochainement.

Fabrice ALLARD
le 10/02/2008