Présences Electronique 2008 : Phill Niblock + Natalia Pschenitschnikova / Maja Ratkje / Michel Chion

 date du concert

30/03/2008

 salle

Maison de la Radio et de la Musique,
Paris

 tags

Festival Présences Électronique 2008 / INA / GRM / Maison de la Radio et de la Musique / Maja Ratkje / Michel Chion / Phill Niblock

 liens

Maja Ratkje
Michel Chion
Phill Niblock
INA / GRM

 dans la même rubrique
05/12/2025
Ryoji Ikeda : Ultratonics
(Philharmonie de Paris)
20/11/2025
Eli Keszler / Tatiana Paris
(Dynamo)
19/11/2025
múm
(Trabendo)

Quatrième et dernière soirée du festival avec apparemment un public venu moins nombreux que les années précédentes. Au programme de ce jour, on trouvait deux noms plutôt engageants puisque devaient se produire Phill Niblock et Maja Ratkje.

L’ouverture était confiée à Michel Chion que l’on voyait déjà en concert il y a un an pour la sortie de son album Tu chez Brocoli. On ne connaissait alors que vaguement son travail et ce premier contact, plutôt ardu, nous avait ennuyé sur la longueur. C’est donc sans attente particulière que l’on abordait ce concert qui fut au final une fort agréable surprise. Sonorités électroniques franches déposées avec une certaine régularité, quelques bribes de violoncelles, et des bruits d’insectes pour une pièce finalement très vivante, contrastée, et aux subtiles fluctuations. Une petite douzaine de minutes, donc pas le temps de s’ennuyer, et en définitive une certaine satisfaction après cette introduction.

On enchaîne avec une véritable découverte puisque l’on ne connaissait pas Goran Vejvoda qui prend le relais avec un set en trois parties. C’est tout d’abord de part et d’autre de la salle que cinq femmes et cinq hommes descendent les escaliers munis de transistors qu’ils manipulent en brouillant les ondes. Un à un et alternativement femmes et hommes se dirigent vers la scène et prennent place derrière des micros. Alors qu’initialement les sons semblaient distincts de part leur position géographique, ils se retrouvent ici emmêlés et du coup brouillés. Les 10 protagonistes quittent les lieux de la même manière, en passant derrière la scène. La suite se déroulera comme toutes les pieces électroacoustiques, avec l’artiste à la console. La deuxième partie sera aussi notre préférée avec une pièce ambient très lourde, au son très grave, une impression d’étouffement créée par la faible amplitude sonore, avec pourtant une impression de richesse, comme si l’on devinait une multitude de nuances de gris. La dernière partie nous énervera plus qu’autre chose, avec un texte didactique sur l’histoire du son, texte décliné dans plusieurs langues et subissant quelques altérations.

Troisième concert, plutôt attendu puisqu’il s’agissait de Phill Niblock (au laptop) avec Natalia Pschenitschnikova à la flûte basse. Ils jouent ensemble une pièce composée pour Natalia en 2005, basée sur la flûte, traitée en direct par le laptop afin de multiplier les couches sonores, additionner les harmoniques pour former les drones qui ont fait la réputation de Phill Niblock. Ces derniers sont fluctuants, Natalia devant régulièrement reprendre son souffle, ou alternant entre flûte et voix pour contribuer un peu à la dimension mystique de l’œuvre. On restera malheureusement un peu en dehors de cette pièce dont on peinera à trouver quelques points d’accroche. Manque de richesse dans les sons, va et vient entre voix et flûte sans réelle autre construction, il manquait un petit quelque chose pour véritablement convaincre.

La deuxième partie de soirée était consacrée à la Norvégienne Maja Ratkje. Tout le matériel a été installé pendant l’entracte avec deux tables recouvertes d’appareils et instruments allant du laptop à la boîte à musique en passant par un dictaphone et un théremin un peu en retrait. Mais l’instrument principal de Maja, c’est sa voix. Son set est une longue improvisation vocale, l’électronique étant un outil lui permettant d’appliquer des effets, de s’enregistrer, d’empiler les strates sonores. Difficile de décrire les sons produits car il s’agit plus de bruits que de voix. Quelques mots, ponctuellement, mais surtout des bruitages, des sons inhabituels, onomatopées, raclements de gorge, petits cris, tour à tour posés délicatement ou déballés dans un flux ininterrompu. L’empilage de bruitages enregistrés, retraités, apporte petit à petit une certaine densité et un accompagnement électroniques à ces élucubrations vocales. Dans une deuxième partie elle change de micro et se concentre plus particulièrement sur sa console de mixage. Passage plus tendu, sonorités plus dures, sans pour autant atteindre la limite qui la ferait véritablement basculer vers la noise. On en profitera pour noter une excellente utilisation en live de la spatialisation, coupant net une texture légèrement bruitiste pour laisser apparaître des voix, une mélodie, loin au fond de la salle. Elle terminera par un magnifique final sous forme de retour au calme, avec utilisation du théremin. Superbe concert qui, de part sa finesse, sa poésie, et sa spatialisation nous rapelle le travail réalisé l’an dernier par Scanner dans ce même festival.

Fabrice ALLARD
le 08/04/2008

À lire également

Phill Niblock
Touch Strings
(Touch)
28/03/2014
Présences Electronique
(Le 104)
02/12/2010
Brocoli : 5 Years of (…)
(Instants Chavirés)