Nouvelle étape du long feuilleton « piratage », le projet de loi déposé à la suite du rapport Olivennes prévoit une riposte graduée en cas de téléchargement illégal. Perçu comme plutôt clément à l’égard des fraudeurs, ce dispositif, à bien y regarder, semble en vérité avoir été conçu sous la dictée des majors, grandement soucieuses de leurs intérêts.

Ce projet de loi intervient dans un contexte marqué par des interrogations concernant l’avenir du ministère de la culture, le désengagement de l’État via la diminution de financement des DRAC, alors obligées de couper certaines subventions, la montée en puissance d’investisseurs privés (les foires, biennales, parfois les expositions même, regorgent de sponsors de plus en plus présents) ou l’avancement de projets publics plus ou moins laissés en jachère (Pompidou-Alma par exemple). La future loi pourrait bien apparaître alors comme un symbole supplémentaire d’une frilosité étatique, voire d’une porosité qui mérite réflexion.

Sans pour autant stigmatiser l’initiative privée, il nous semble à ce titre préférable qu’une partie du champ culturel soit sanctuarisé et que la séparation entre décideurs publics et entrepreneurs soit clairement marquée. Une pratique artistique diversifiée et indépendante est à ce prix.

François Bousquet
le 21/06/2008