26/06/2008
Basilique de St Denis,
Saint-Denis
Craig Armstrong s’est véritablement fait connaître en 1997 avec le superbe album The Space Between Us paru chez Melankolic. Avant cela il était au clavier ou aux arrangements, notamment pour Madonna (Bedtime Stories) et Massive Attack (Protection) ainsi que sur des musiques de films (Batman Forever) . Après 1997 il continuera encore une petite collaboration avec Madonna donnant lieu au magnifique Frozen, il se lancera dans la production avec le Nightlife des Pet Shop Boys et passera de simple arrangeur à compositeur de bande originale (Plunkett & Macleane, Un américain bien tranquille, Ray). Après The Space Between Us, on s’était intéressé à son second album (As If To Nothing), curieux de ces collaborations avec Photek, AGF, Mogwai ou encore Bono, sans être vraiment convaincu. Nous avions donc un peu laissé tomber cet artiste jusqu’à cette occasion de le voir pour la première fois en concert, dans un cadre prestigieux.
Le concert était divisé en quatre parties, reprenant notamment l’intégralité de son tout nouvel album (Memory Takes My Hand). On commence par le Concerto pour violon et orchestre interprété par Clio Gould (violoniste ayant également enregistré l’album) et l’Orchestre National d’Ile-de-France. Les amateurs de The Space Between Us dont nous faisions partie étaient en terrain connu, atmosphère sombre créée par des nappes de violoncelle, mélodies mélancoliques, quelques notes de piano pointillistes, des envolées soyeuses bref, une excellente entrée en matière d’une vingtaine de minutes, immédiatement accessible, sensible et touchante.
Nettement plus originale, la deuxième partie intitulée One Minute se composait de 15 pièces d’une minute. Au dessus de la scène, un écran affiche le titre, puis un ciel nuageux, le nom d’une ville ou lieu d’Écosse, les sons enregistrés sur ces différents sites faisant partie intégrante de la musique interprétée par l’orchestre. Le dispositif sort de l’ordinaire, fait appel à l’imagination et permet d’apprécier la variété du vocabulaire de Craig Armstrong, tout à tour classique, contemporain, ou cinématographique. Les yeux rivés sur les divers ciels projetés à l’écran, on devine une certaine angoisse dans les brumes écossaises, on a l’impression qu’une bataille se déroule sur le sol quand les percussions s’en mêlent, et souvent le sentiment que le temps s’est arrêté.
Le temps pour le chef d’orchestre de s’absenter pour réapparaître, et voici la troisième partie intitulée Visconti, composée en hommage au réalisateur italien et inspirée de l’Adagietto de la 5ème symphonie de Gustav Mahler qui faisait partie de la bande son de Mort à Venise. On ne s’attardera pas sur cette pièce d’une dizaine de minutes de facture très classique avec douceur des violons et ponctuation de harpe, où seule une sorte de flûte au son électronique se fera remarquer par son apparente approximation.
L’attente sera un peu plus longue pour la quatrième et dernière partie avec notamment l’arrivée et l’installation d’un important chœur. Il s’agit donc de Memory Takes My Hand, mené au chant par la soprano Anne de Renais. La pièce est divisée en plusieurs mouvements enchaînés selon une lente progression. On est tour à tour porté par la force des cuivres, touché par les voix, virevoltant au gré des cordes en suivant tout de même une construction et un style très classique. Craig Armstrong appuie ici sur l’émotion et c’est en terrain balisé que l’on avance vers cet inéluctable final hollywoodien avec chœurs graves, déluge de percussions, débauche de cordes, faux final et reprise de plus belle. Reconnaissons-le, cela fonctionne mais sans pour autant nous donner la chair de poule, et c’est ni grandiose ni grandiloquent, juste quelque part entre les deux. En fait on aurait peut-être aimé un peu plus de finesse, de subtilité sur cette dernière partie.
Bien sûr, ce fut une très bonne soirée, mais on s’en doutait d’avance. Voir Craig Armstrong dans ce cadre pouvait difficilement atteindre le stade de la déception, et la partie était en quelque sorte gagnée d’avance.
le 09/07/2008