25/07/2008
Vooruit,
Gand
Cela faisait quelques années que, l’âge venant, nous n’étions plus allé aux Ten Days Off, fameux festival électronique qui se déroule comme son nom l’indique sur dix jours, parallèlement aux fêtes de Gand. Cette année, on pointait comme à chaque fois de grands noms, mais insérés dans un programme insuffisamment alléchant pour prendre la route : épinglons ainsi James Holden, John Digweed, Tocadisco, Black Dog, Depth Charge ou Benga. Le mardi 22 proposait en particulier des délices minimaux, en l’honneur du label M_nus du grand Richie Hawtin. Outre le maître en personne, on eût pu profiter entre autres de Barem et Anja Schneider en DJ et de Heartthrob en live.
Ce n’est pourtant pas cette nuit qui retiendra notre attention mais celle du vendredi 25. Encore faut-il préciser que nous avons campé dans la plus petite des deux salles du Vooruit, vénérable salle gantoise qui ne compte plus les artistes de tous styles s’étant produits dans ses murs. Le Ball Room porte bien son nom puisqu’il s’agit vraiment d’une salle de bal de style classique, reconvertie en sauna pour clubbers plus ou moins frénétiques. La plus grande salle voyait ce soir-là se produire Tiefschwarz en tête d’affiche (on peut oublier le reste), mais les deux frères ne faisaient pour nous pas le poids face au programme incontournable du sauna en question.
Nous arrivons sur le coup de minuit pour découvrir la Française Jennifer Cardini, auteur cette année de l’excellente compilation Feeling Strange sur Kompakt. Nous avons eu l’occasion pendant près de deux heures d’apprécier sa sélection que l’on peut qualifier de hard minimal tantôt rugueuse et martiale, tantôt mélodique et presque onctueuse. Elle a fait mouche avec ce set progressif, long en bouche, incontestablement plaisant et techniquement impeccable. On n’en dira pas autant de la star minimal qui clôturait l’affiche, Dominik Eulberg. On sait combien délectables sont les productions du résident de Bonn. Ici, en guise de dessert, il nous sert un sorbet un peu trop relevé, ponctué de martèlements insuffisamment élégiaques, et se laisse aller à quelques appâts faciles. Au final, pour ce que nous en avons entendu, le nectar de ce dessert était certes constitué d’une minimal vrombissante, tournoyante et roborative, mais sa sauce était souvent trop soutenue pour être vraiment digeste.
Qu’importe : nous étions venu pour les deux live acts prenant place entre ces prestations. Tout d’abord la découverte de la soirée : The Field, dont l’album From Here We Go Sublime sorti l’an dernier (également chez Kompakt) n’a pas fini de faire parler de lui. En studio, ce projet est l’oeuvre monocéphale d’Axel Willner qui, ici, était accompagné de deux acolytes. Après une longue intro enivrante, les machines et la guitare (qui alternera avec une batterie robotique tout au long du set) se mettent en branle pour nous délivrer, comment dire... une sorte de Mouse on Mars sous tribal acid. Ils sont concentrés, jouent sans compromission, avec une intégrité remarquable, devant un public dont une partie s’enivre de leurs sons mais dont une autre partie est visiblement déconcertée. Il est vrai que ces longues nappes en cut-up, ces rythmiques sourdes en flux et reflux, ces schémas récurrents et dialectiques offrant une alternance d’accords hypnotiques spatiaux, très psyché-pop, ne rentrent pas forcément dans le canevas auditif du clubber de base. Après cinq longs morceaux enivrants de plus de dix minutes chacun, ils font durer le plaisir et nous mettent en transe hypnotique, retardant du même coup l’arrivée de l’incontestable star du soir.
A l’applaudimètre et aux photos prises, le fringant et good-looking Gui Boratto remporta clairement la palme. Le Brésilien, partiellement exilé en Allemagne, nous a récemment bluffé à deux reprises : d’abord à domicile avec son fabuleux album Chromophobia (toujours sur Kompakt) et son insurpassable compilation minimal Addicted vol. 2 (Platipus), bande-son des deux dernières années ; ensuite dans l’arène, avec un set étourdissant aux Ardentes le 11 juillet dernier. On le retrouvait donc ici, acclamé pendant une heure dans une ambiance explosive, nous égrener ses tubes Sin, Mr. Decay, Beautiful Life, Terminal ou Shebang, malaxés et propulsés dans une myriade de sons et de rythmes irrésistibles. Le choc était moins grand que la première fois, forcément, mais le plaisir presque intact : on ne peut que s’envoler lorsqu’une maestria électronique aussi parfaite vous emporte sur ses ailes... C’est donc sans aucun regret que, sur le coup de 5h du matin, nous abandonnâmes le terrain à M. Eulberg et à ses ouailles.
le 14/08/2008