Fischli & Weiss : Fleurs & Questions - Une rétrospective

 date

du 22/02/2007 au 13/05/2007

 salle

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris,
Paris

 appréciation
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Fischli & Weiss / Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

 liens

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

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Présentée avec grand succès à la Tate Modern à l’automne dernier, la rétrospective consacrée à Peter Fischli et David Weiss, artistes plasticiens suisses travaillant ensemble depuis 1979, fait escale pendant près de trois mois au Musée d’art moderne de la ville de Paris (qui avait déjà accueilli les Suisses en 1999).

Tout au long des treize salles du Musée, quelques lignes de force du travail des artistes helvétiques se font jour, servies par un accrochage réussi en ce qu’il se veut davantage thématique que chronologique, précisément pour faire ressortir ces singularités. Au premier rang de celles-ci, on pourrait mentionner la volonté de Fischli & Weiss d’utiliser dans leur travail bon nombre d’objets du quotidien. Bougie, armoire, pouf, range-couverts, chaise, pneu, bidon, boîte de conserve, saucisses industrielles, mégots sont autant d’éléments centraux de la plupart de leurs œuvres pour des résultats cependant inégaux. Quand les Suisses les superposent sans véritable mise en scène, dans une prolongation des « ready-made » de Duchamp, les objets peinent à faire sens (la série Equilibre - Un après-midi tranquille). Pourtant, on sent poindre, dans la disposition et les noms donnés à ces assemblages (La fière cuisinière, Les contrebandiers, Le fiancé), un désir d’humanisation de ces objets qu’on trouve réellement développé dans la série Les saucisses, première collaboration de Fischli & Weiss. Suite de saynètes (intérieur de maison, accident de la route) dans lesquelles les saucisses tiennent les rôles principaux, cette série travaille également la représentation, élément majeur que l’on retrouve également dans d’autres œuvres. Après ces images fixes, place au film Le cours des choses où, installés dans un entrepôt, les Suisses mettent en place une succession de réactions en chaîne : un pneu fait tomber une planche sur laquelle roule une bouteille qui vient taper un bidon qui se déverse et gonfle d’eau une éponge qui permet à une chaise de se renverser, etc… Utilisant quelques effets pyrotechniques (feux d’artifice, bougies, mèches), Le cours des choses se fait donc à la fois diablement ingénieux et assez poétique.

Placées dans la première pièce de l’exposition, des sculptures moulées en gomme noire (type caoutchouc de pneu) reproduisent avec fidélité d’autres objets de tous les jours et mettent alors en place une belle mise en abyme puisqu’une matière quotidienne sert donc à représenter des objets du quotidien. Manifestation de cette réflexion sur la représentation poursuivie par Fischli & Weiss, cette salle trouve un écho dans la troisième où sont présentées d’autres sculptures, plus petites cette fois-ci et modelées dans de l’argile crue. Marquantes par leur souci du détail, elles recèlent également une forte dose humoristique dans leurs intitulés : Anna O. rêvant au premier rêve interprété par Freud (une femme dans une chambre), Mick Jagger et Brian Jones rentrant chez eux satisfaits après avoir composé « I can’t get no Satisfaction » (deux musiciens marchant dans la rue), M. et Mme Einstein peu de temps après la conception de leur fils, le génie Albert (un couple endormi dans son lit), Le sous-locataire (souris dépassant de son trou percé dans le mur). Deux séries de photographies renvoient aussi à ces interrogations : Fleurs, Champignons et Fotografías. Représentant les mêmes fleurs prises par les deux artistes séparément mais en impressionnant la même pellicule, les premières font l’effet de calques superposés et, par le dédoublement qu’elles provoquent, permettent de percevoir différemment la réalité de la nature (gros plan et plan plus large étant ainsi combinés). Les secondes prennent le parti de prendre en noir et blanc sous-exposé des parcs d’attraction et publicités afin de jeter un regard quasi-macabre sur des environnements plutôt enclins à la joie et à la légèreté. D’une recherche sur la représentation naît alors une quête de distanciation.

A ce titre, l’œuvre Radio entreprend d’abolir le caractère éphémère des émissions de ce médium en diffusant en boucle un programme enregistré en 1993. Mais, dans la plus grande partie des cas, cette distanciation s’accompagne d’une certaine ironie comme dans Monde Visible, accumulation de près de 3000 photographies reprenant tous les clichés des cartes postales (plage de sable fin, palmier, ville illuminée de néons, etc…). En les faisant défiler très rapidement sur trois écrans posés l’un à côté de l’autre, Fischli & Weiss moquent la superficialité des paysages ainsi dépeints. Tout aussi railleuse est la salle consacrée à Questions sur les murs de laquelle sont projetées pêle-mêle, sans différenciation, questions métaphysiques et interrogations insignifiantes. Cependant, la causticité des Suisses peut également s’exercer à l’encontre du spectateur lui-même dans la salle Sans Titre qui agit comme un trompe-l’œil grandeur nature. Lorsqu’on y pénètre, on voit en effet ce qui semble être le lieu de travail des artistes : objets disposés sur des tables, cartons à pizza et bouteilles à moitié vides, « ready-made » en cours d’élaboration. Sauf qu’à y regarder de plus près, tous ces éléments sont en réalité des simulacres sculptés dans du polyuréthane. Une fois de plus, Fischli & Weiss, comme souvent au cours de cette passionnante exposition, sont donc parvenus à malicieusement mêler figuration de la réalité et dualité des objets présentés.

François Bousquet
le 25/02/2007

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