Pierre & Gilles : Double Je

 date

du 26/06/2007 au 23/09/2007

 salle

Jeu de Paume,
Paris

 appréciation
 tags

Jeu de Paume / Pierre & Gilles

 liens

Jeu de Paume

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Avant même d’entrer au Jeu de Paume et même pour qui n’est pas familier de leur travail, le spectateur est plongé dans le style Pierre & Gilles avec la reproduction des Cosmonautes sur le fronton du bâtiment de la Place de la Concorde. À l’intérieur, pour cette nouvelle rétrospective parisienne, dix ans après la dernière en date, l’esthétique « camp » du duo déborde des photos-tableaux pour atteindre les cadres ou les salles même du Jeu de Paume (faux fraisiers, plantes vertes débordant des cloisons, guirlandes lumineuses, grosses boules argentées, teintes acidulées et pastels sur les murs…).

Piochant tour à tour dans la mythologie gréco-romaine (Mercure, Spartacus, Neptune, Hercule contre l’Hydre de Lerne), les références biblico-catholiques (Salomé, Saint Sébastien, Le Mont des Oliviers, La Sainte Famille, Sainte Lucie), la culture pop (Hello Kitty) ou la variété (Mireille Matthieu, Sylvie Vartan, Kylie Minogue ou Étienne Daho comme modèles récurrents), le couple insiste systématiquement sur le caractère iconique de leurs sujets, placés dans un décorum souvent pompier, le tout nimbé d’une atmosphère empreinte d’un érotisme certain. Leur technique mixte (Pierre photographie, Gilles retouche ensuite l’image au pinceau ou avec Photoshop) les amène à lisser les peaux et textures pour rendre encore plus beaux leurs personnages et rajouter une touche d’irréalité à un univers déjà doté d’une bonne dose de féerique. Pour autant, le caractère innocent des mimiques et les regards perdus au loin des héros sont souvent contrebalancés par la rudesse de l’environnement (Laetitia Casta en souillon dans Hier, aujourd’hui et demain) ou un élément « décalé » : le sang sur les mains du garçonnet de Maman ou les larmes (de repentance après ses agissements ? de joie d’être parvenu au sommet ?) du Petit Communiste.

Alors que l’amoncellement de fleurs, de bulles de savon, d’ornementations riches et de dorures finit par lasser, les trois dernières salles, assez intelligemment, privilégient une approche moins kitsch avec des toiles limite misérabilistes (La Petite Filles des HLM, Le Vendeur du Métro) ou plus sombres (Exil Intérieur). Mais ici, le travail sur la représentation fait naître alors une interrogation, qui peut glisser vers un léger malaise, quant à la destination de telles œuvres. Dénuées de toute velléité documentaires, elles ne s’apparentent pas non plus à une allégorie complaisante ; reste leur angélisme un peu naïf, motivation assez cohérente par rapport au reste de la production de Pierre & Gilles, mais également plutôt vaine.

François Bousquet
le 16/08/2007

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