Annette Messager : Les Messagers

 date

du 06/06/2007 au 17/09/2007

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 appréciation
 tags

Annette Messager / Centre Pompidou

 liens

Centre Pompidou

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Impossible, en entrant dans le Centre Pompidou, d’échapper au travail d’Annette Messager. En effet, La Ballade de Pinocchio à Beaubourg occupe la cage d’escalier descendant au niveau inférieur et attire immédiatement l’œil par son mouvement incessant : des énormes portions de corps (bras, mains, tétons) en skaï rembourré, emprisonnées dans des filets noirs, sont doucement tractés vers le plafond avant de redescendre brusquement tandis qu’un Pinocchio, allongé sur un polochon, est tracté au milieu d’un amas d’autres polochons.

Pénétrant l’espace d’exposition situé galerie Sud, on retrouve une importante installation avec La Ballade des Pendus dans laquelle de grandes peluches, accrochées la tête en bas, tournent autour de la première salle. Mêlant habilement le ludique et le macabre, la Française séduit en même temps qu’elle effraye légèrement. Cette dualité se retrouvera plus loin avec des présentations, type ex-voto, de petites parcelles du corps humain photographiées (Mes Vœux) ou des amoncellements, à la manière de reliquaires, de peluches et de robes de poupées mises sous verre (Histoire des Petites Effigies). Se développe dans cette dernière installation, une volonté de cristalliser cet instant à la fois innocent et particulièrement cruel parce qu’éphémère. Ce désir conduit Annette Messager à nous proposer, par ailleurs, deux salles quasiment fermées, seulement percées de quelques ouvertures, au sein desquelles elle a rassemblé divers éléments de sa vie (Les Hommes que j’aime, les Hommes que je n’aime pas, Mes Travaux d’Aiguille, Mes Jalousies). À mi-chemin entre le cabinet de curiosités et le dispositif poussant au voyeurisme façon télé-réalité, ces deux pièces ne convainquent pas véritablement. De même, on sera moins attiré par les simples accrochages de peluches, photos ou objets qui, posés contre le mur ou au bout d’une pique, perdent en incarnation ce qu’ils récupèrent en théâtralité (Les Piques, Les Restes, Mes Caoutchoucs, Faire Signe).

On préfère alors se diriger vers une autre installation mécanique où des pantins dégingandés en tissu s’élèvent, choient ou se balancent pendant qu’un gros animal en peluche est tracté tout autour de la salle (articulés-désarticulés). Plus captivante encore, Casino, installation qui avait permis à l’artiste d’obtenir le Lion d’Or à la Biennale de Venise en 2005, propose une immense toile rouge soulevée par une soufflerie programmée. L’air s’introduit ainsi sous la voile, tel un torrent, déferlant du fond de la pièce par une ouverture derrière laquelle on aperçoit une horloge montée à l’envers, pendant que de blancs oreillers et mains géantes, disposés sous le drap rouge, s’illuminent progressivement. Renvoyant à la cité vénitienne, des masques noirs, représentant Pinocchio ou les personnages de la commedia dell’arte, sont également partie prenantes, descendant du plafond pour venir se poser sur la grande toile et empêcher qu’elle s’envole complètement. Poursuivant ce travail sur le souffle (à cet égard, on se souvient de l’exposition Sous Vent qu’Annette Messager proposa en 2004 au Couvent des Cordeliers), Gonflés Dégonflés reprend les mains géantes et oreillers en toile de parachute peinte qui, grâce à nouveau à une soufflerie programmée, s’emplissent et se vident d’air. Moins magnétique mais pas moins réussie que la précédente, cette installation opte pour une dimension plus ludique et plus anthropomorphique, tentant de reproduire le rythme de la respiration humaine. Ici encore, la Française parvient, par un agencement plutôt léger en apparence, à évoquer des problématiques plus sombres, richesse d’une œuvre dont cette exposition retrace les grandes lignes.

François Bousquet
le 12/09/2007

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