du 10/10/2007 au 06/01/2008
Maison Européenne de la Photographie,
Paris
Régulièrement montré à Paris, Larry Clark voit cette fois-ci la Maison Européenne de la Photographie exposer son œuvre initiale : Tulsa 1963-1971. Revenu dans sa ville natale après ses études, le photographe y entreprit de réaliser une série de clichés se représentant au milieu de ses amis ; celle-ci fit ensuite l’objet d’une publication, en 1971, qui déclencha un scandale en son temps.
Au-delà des photos de junkies, teenagers armés et filles tabassées fréquemment mentionnées pour évoquer le travail de l’États-unien, on trouve également, dans la pièce unique consacrée à l’exposition, des portraits de famille, des jeunes gens affublés d’un demi-sourire ou prenant une pose de simili-apollon (les séries Billy Mann et David Roper). Affranchies de toute complaisance, de posture morale, mais également de regard documentaliste, les épreuves de Larry Clark, comme ses films du reste, témoignent plutôt d’une empathie résultant de la proximité de l’artiste avec ces sujets, à la manière d’un journal intime. Cette identification bienveillante transparaît notamment dans le regard rendu par les personnes prises en photo : ni apeuré, ni plaintif, ni larmoyant, juste résigné comme si le rêve américain était passé sans eux (la phrase « Death is more perfect than life », mise en exergue sur un mur de la salle, fait à cet égard écho à ce fatalisme).
La stylisation du noir et blanc et les jeux de lumière utilisés par le photographe n’entraînent pour autant pas Larry Clark vers une esthétisation de cette misère white trash. Il s’agissait en revanche d’utiliser le medium artistique pour révéler à la société de son pays un quotidien ignoré de ses compatriotes ; démarche d’autant plus marquante que les jeunes gens concernés ne venaient pas des quartiers mal famés des grandes villes ou des banlieues défavorisées, mais d’une ville du Midwest états-unien longtemps considérée comme la capitale mondiale du pétrole. Sobres mais pénétrantes, les photos de Larry Clark savent ainsi tirer leur force non pas tellement de l’action qu’elles dépeignent mais de la grande solitude des êtres qu’elles représentent.
le 30/11/2007