du 13/02/2008 au 19/05/2008
Centre Pompidou,
Paris
Sous-titrée « Cinq artistes sous la pression de la guerre », Les Inquiets s’avance comme une vision du conflit au Proche-Orient par cinq vidéastes et photographes trentenaires, israéliens, palestiniens et libanais. Pour autant, assez rapidement, on se rend compte que l’exposition travaille davantage les rapports entre fiction et réalité et la question des images qu’elle ne donne un véritable point de vue sur la situation politique.
À cet égard, la vidéo du Libanais Rabih Mroué se centre sur la représentation d’une vidéo tournée dans les années 1980 par un martyr sur le point de commettre un attentat-suicide. Souhaitant rejouer cette scène de confession préalable, l’artiste décortique pour nous, dans un documentaire face caméra, les étapes de son travail et les conséquences qu’eurent les prestations durant lesquelles il reconstituait cet épisode. Intéressant sur le statut de l’image et sur la force de leur diffusion (Rabih Mroué dut interrompre ses représentations compte tenu de leurs conséquences sur les publics à qui il s’adressait), Three Posters pêche pourtant par un trop grand didactisme qui neutralise une bonne part du propos politique (alors que le livret du Centre Pompidou évoquait « la transformation graduelle de l’idéologie sous-jacente des combattants de gauche devenus islamistes et des politiques qui envoient les martyrs à la mort »). Également à moitié convaincant, Nature Morte d’Akram Zaatari, autre artiste libanais, présente dans le même plan un jeune combattant en train de repriser son uniforme et un autre, plus âgé, qui prépare un explosif. Précision parallèle des gestes, mutisme concentré des protagonistes, passage de témoin appuyé à la fin du film (les deux hommes se font face à face, se regardant droit dans les yeux) : tout s’avère plutôt attendu et le film peine alors à établir un propos vraiment pertinent.
Nettement plus surprenant, Low Relief II, présenté au-dessus de l’entrée de l’Espace 315, permet à l’Israëlienne Yaël Bartana de conférer un effet de bas-relief (image donnant une impression d’être taillée dans la pierre, tons de gris dominant, expressions de visages occultés, personnages en partie réduits à leurs silhouettes) à une intervention musclée de l’armée à l’encontre de manifestants pacifistes. Élevés au statut de figures intemporelles par ce procédé, les protagonistes apparaissent ainsi comme des symboles à la fois de la permanence du conflit dans cette zone du monde et de l’universalité des tensions. Alors qu’on peut rapidement passer sur les photographies de la Palestinienne Ahlam Shibli, dont on s’interroge sur la nécessité (même si l’on perçoit bien l’idée de ne pas faire directement référence à la guerre), naviguant entre chromos (enfants insouciants de la première série) et paysagisme limite décoratif, on s’arrêtera plus longuement dans la pièce consacrée à The Casting, vidéo de l’Israélien Omer Fast. Quatre écrans y sont disposés, deux au recto (reconstituant, de manière alternée et en mélangeant images arrêtées, tableaux vivants et scènes en mouvement, une opération militaire et un rendez-vous galant, vécus par le même homme) et deux au verso (présentant le réalisateur et l’interprète, en train de relater ces événements). Avec une unique bande-son, mais des images sautant d’une action à l’autre, imbriquant politique et intime dans une même narration, fragmentant celle-ci avant d’en révéler la vérité lorsqu’on découvre le verso des écrans, le travail d’Omer Fast synthétise brillamment les questionnements sur les images développés dans cette exposition.
le 23/03/2008